À Avignon, Mathilde Louvain (LFI) conteste l’interdiction de manifester
« Là où je trouve qu’on dépasse vraiment la limite du droit, c’est quand on interdit des manifestations qui pourraient être déclarées par des syndicats. » Au lendemain des arrêtés pris par la préfecture de Vaucluse, Mathilde Louvain conteste l’étendue des restrictions imposées à Avignon. Elle interprète ces mesures comme une volonté de limiter l’expression de la contestation.
Une interdiction préfectorale qui dépasse le mouvement lycéen
L’interdiction des rassemblements, manifestations et cortèges s’applique le samedi 24 octobre, de 6 heures à 23 heures, dans l’ensemble de l’intra-muros, les rues et boulevards autour des remparts, les allées de l’Oulle et sur le pont Daladier. La préfecture la justifie par les violences et les pillages du week-end précédent, ainsi que par le risque de nouveaux affrontements.
Un autre arrêté interdit la circulation des mineurs non accompagnés dans certains secteurs d’Avignon et de trois autres communes, de 18 heures à 6 heures, les nuits du 24 au 25 et du 25 au 26 octobre.
Mathilde Louvain dénonce une interdiction qui englobe aussi les rassemblements syndicaux déclarés. Elle cite la mobilisation de SUD PTT pour la sauvegarde de La Poste sur la place Pie, prévue le 24 octobre à 10 heures. Selon elle, ce rassemblement, déclaré depuis plus d’un mois, se trouve lui aussi interdit. « Si là, on estime qu’on est dans un État de droit, il y a un problème », estime-t-elle.
L’élue inscrit ces décisions dans une orientation répressive qu’elle attribue au gouvernement. À l’échelle locale, elle accuse le préfet et le maire, Olivier Galzi, de suivre cette même ligne. À propos de l’engagement de LFI auprès des lycéens, elle affirme : « Notre position depuis le début, c’est le soutien. »
Enseignants absents : une demande de refinancement de l’école publique
Mathilde Louvain dit échanger régulièrement avec des élèves, des parents et des enseignants. Lors du meeting de son mouvement, le samedi précédent, une lycéenne d’Aubanel a ainsi pris la parole pour présenter les revendications de ses camarades.
L’élue exprime son « admiration pour cette jeunesse qui s’engage, qui est organisée, qui porte sa voix ». Elle récuse les lectures réduisant la mobilisation à une envie de manquer les cours ou de provoquer des désordres : « Les revendications qui sont portées sont politiques. »
Les enseignants non remplacés occupent une place centrale dans son analyse. « C’est loin d’être une anecdote parce que ça met à mal l’égalité des chances qu’on veut nous vendre à tout bout de champ », estime-t-elle. Elle réclame « un plan de refinancement de l’école publique, qui doit être une priorité », associant recrutement, formation, salaires et amélioration des conditions de travail.
Interrogée sur les remplacements éventuellement obtenus dans les établissements avignonnais depuis le début du mouvement, elle ne fait pas état d’avancées précises. Elle souligne la difficulté d’en dresser immédiatement le bilan et juge les annonces gouvernementales de renforts insuffisantes au regard des difficultés structurelles de l’enseignement.
Son inquiétude porte également sur les personnels de santé et d’accompagnement : infirmières, psychologues et professionnels de l’orientation. Elle évoque les besoins des adolescents, notamment en matière de santé mentale, et déplore le manque d’interlocuteurs disponibles.
Sorties culturelles : la gratuité ne suffit pas, estime l’élue
La question des moyens se retrouve dans son analyse de l’accès à la culture. Mathilde Louvain s’inquiète particulièrement des difficultés rencontrées par les élèves ayant choisi des spécialités artistiques pour assister à des spectacles et fréquenter les lieux culturels.
Elle met en cause les enveloppes attribuées aux établissements au titre du pass Culture et évoque des lycées qui ne disposeraient que de 1 000 euros pour leurs sorties. Selon elle, la rareté des crédits met les projets en concurrence et contraint les enseignants à défendre leurs initiatives face à celles de leurs collègues.
Pour l’élue, la gratuité d’une proposition culturelle ne suffit pas à rendre une sortie possible. Elle souligne le temps nécessaire pour construire le projet, coordonner les intervenants et obtenir l’accord de l’établissement. Ce travail repose sur des équipes qu’elle décrit comme déjà éprouvées par leurs missions quotidiennes : « C’est des enseignants qui font ça en plus de leur temps de travail. »
Mathilde Louvain défend un rôle plus actif de la Ville dans les relations entre établissements scolaires et structures culturelles. « Je suis persuadée qu’on pourrait parvenir à financer les structures culturelles qui proposeraient des sorties gratuites », avance-t-elle. Ce soutien devrait, selon elle, s’inscrire dans une politique municipale durable. Elle reproche à la majorité « une baisse de 15 % des subventions culturelles » qu’elle dit prévue pour 2027.
Parcoursup : Mathilde Louvain défend la suppression de la plateforme
Sur l’orientation, l’élue décrit une jeunesse inquiète de son avenir, confrontée à des choix précoces et insuffisamment accompagnée. Elle plaide pour un tronc commun plus large au lycée et dénonce une « gestion presque industrielle » des jeunes.
Elle défend également la suppression de Parcoursup : « Pour nous, il faut supprimer cette plateforme et ce système de tri algorithmique. » Dans le fonctionnement actuel, les dossiers sont examinés et classés par les commissions des formations. La plateforme transmet ensuite les propositions d’admission.
Violences du 17 octobre : l’élue met en cause le maintien de l’ordre
Le désaccord avec les autorités porte aussi sur la lecture de la journée du 17 octobre. Mathilde Louvain, qui confirme avoir participé à la manifestation, retient d’abord la capacité du mouvement à rassembler autour de la jeunesse. « Il fallait dire stop à ce gouvernement, à dix ans de Macronie », explique-t-elle.
Elle considère la mobilisation comme une réussite. Selon son interprétation, l’ampleur du mouvement aurait conduit les pouvoirs publics à durcir leur réponse.
Interrogée sur les dégradations, elle établit une hiérarchie entre les dommages matériels et les atteintes aux personnes. Elle refuse, explique-t-elle, de « verser [sa] larme pour un abribus ou pour un feu cassé » lorsque les blessures de manifestants ne suscitent pas, à ses yeux, la même attention. « Je resterai insensible », affirme-t-elle dans cette comparaison.
Relancée sur les commerçants dont les établissements ont été dégradés, elle se dit « sincèrement désolée » pour les victimes et assure qu’elle n’appelle pas à casser des vitrines. Elle distingue les revendications politiques des comportements opportunistes qui, selon elle, expliquent une partie des pillages. Elle reproche également au gouvernement de défendre les petits commerces après les violences tout en réduisant, affirme-t-elle, les aides aux très petites entreprises.
Si elle reconnaît des responsabilités individuelles, Mathilde Louvain met surtout en cause les choix du maintien de l’ordre. Selon elle, les forces de sécurité auraient concentré leurs interventions sur les manifestants pacifiques au détriment de la prévention des dégradations ailleurs dans la ville. Elle y voit une défaillance et s’interroge, au cours de cet entretien, sur l’hypothèse d’une stratégie délibérée. « Le maintien de l’ordre n’implique pas nécessairement la répression. C’est un choix », soutient-elle.
À l’hôtel de ville, une éviction dont elle conteste les conditions
Mathilde Louvain met également en cause la municipalité à propos des tensions survenues à l’hôtel de ville le 19 octobre. Selon son récit, l’incident aurait été déclenché par une pancarte portant l’inscription « Touche pas à ma vie ».
Elle affirme, sur la base de vidéos qu’elle dit avoir consultées, que des jeunes femmes ont été molestées lors de leur éviction. Elle reproche au maire et à son équipe leur réaction à cette pancarte : « Je pense qu’il y a un gros malaise. Et qu’il est de leur côté. »
LFI revendique un soutien à l’organisation autonome des lycéens
Concernant l’implication de LFI dans la mobilisation, Mathilde Louvain assure que son mouvement n’a déclaré aucune manifestation et respecte l’organisation des jeunes. « On respecte leur auto-organisation », insiste-t-elle.
Elle décrit des militants portant des brassards blancs, présents aux côtés des parents et des enseignants. Elle ne précise pas, au cours de l’entretien, les modalités d’une éventuelle participation à la journée du 24 octobre.
Pour la rentrée du 2 novembre, ses demandes restent centrées sur les conditions de travail des enseignants, la continuité des cours et l’état des bâtiments scolaires. Elle rapproche les difficultés des lycées de celles des écoles avignonnaises.
Son soutien tient aussi au regard qu’elle porte sur l’engagement des élèves, qu’elle compare à sa propre expérience militante : « On n’était pas à ce niveau de clarté politique. »
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