Hommage et orages : ce qu’il faut retenir du conseil municipal d’Avignon du 28 septembre
Il y eut d’abord le silence. Puis les chiffres, les désaccords et parfois les invectives. Le conseil municipal d’Avignon s’est réuni lundi 28 septembre avec 42 délibérations inscrites à l’ordre du jour, dont une large première partie consacrée aux finances de la Ville.
Michel Adam, un hommage avant les débats
Avant d’entrer dans les dossiers, Olivier Galzi a rendu un long hommage à Michel Adam, adjoint au maire chargé notamment de la propreté et du cadre de vie, décédé quelques jours auparavant. Le maire a évoqué son engagement auprès des agents municipaux et un élu qui, selon lui, avait « tout donné sans compter ». Il a ensuite demandé à l’ensemble du conseil d’observer une minute de silence.
La suite de la séance allait être nettement moins silencieuse.
Finances : les comptes rallument l’affrontement entre ancienne et nouvelle majorité
Les premières délibérations portaient sur l’affectation des résultats 2025 et le budget supplémentaire 2026. Elles intervenaient trois mois après le rejet des comptes administratifs par le conseil municipal et après l’avis rendu, le 24 juillet, par la Chambre régionale des comptes.
La majorité a reconnu en séance une erreur dans le traitement comptable du résultat reporté d’investissement, conduisant à une correction d’environ 598 000 euros. Par ailleurs, elle a annoncé devoir prévoir environ 6 millions d’euros d’endettement supplémentaire, qu’elle rattache à des investissements et engagements hérités de la précédente mandature.
David Fournier a contesté cette lecture. L’ancien élu de la majorité précédente s’est appuyé sur le résultat corrigé de 12,985 millions d’euros pour dénoncer une « campagne de dénigrement systématique » sur l’état des finances municipales. Il a qualifié le rejet des comptes en juin de « coup politique qui a fait pschitt ».
Le débat s’est rapidement éloigné de la seule technique budgétaire.
David Fournier a notamment accusé Olivier Galzi d’être un « Robin des Bois à l’envers » avant de lui lancer : « Attention de ne pas devenir un petit Trump. »
Réponse du maire quelques secondes plus tard : « Je m’aperçois que vous n’êtes toujours pas réconcilié avec les chiffres », avant d’ajouter que son opposant n’était « pas crédible en professeur de mathématiques ».
Olivier Galzi a ensuite résumé sa propre lecture de la situation :
« Vous nous avez laissé la facture. Nous, on laissera aux Avignonnais une ville redressée. »
Ce que relève la Chambre régionale des comptes
L’avis de la Chambre régionale des comptes a lui aussi été invoqué à plusieurs reprises pendant les échanges.
Dans son document du 24 juillet, la Chambre indique n’avoir relevé aucun écart entre les recettes et dépenses 2025 du compte administratif et celles du comptable public au niveau des chapitres. Elle constate en revanche une différence sur le résultat du budget principal. Elle relève notamment une erreur concernant l’apurement du compte 1069 et l’intégration d’opérations liées à la dissolution du syndicat Sainte-Marthe. Après correction, le résultat présenté dans le compte administratif passe de 13,584 millions à 12,986 millions d’euros.
La Chambre conclut que le projet de compte administratif 2025 du budget principal « n’est pas conforme » au compte de gestion établi par le comptable public. Elle considère en revanche conformes les cinq budgets annexes.
Logements vacants : 30 %, puis 60 %
Autre sujet de friction : le logement.
La Ville a choisi de fixer au plafond la nouvelle taxe sur la vacance des locaux d’habitation. À partir de 2027, elle s’établira à 30 % la première année d’imposition puis 60 % à partir de la deuxième.
Le groupe Rassemblement National s’est opposé à cette hausse, tout en disant comprendre l’objectif de remise sur le marché de logements vacants. Ses élus ont notamment défendu le rôle des logements privés et saisonniers dans l’activité touristique de la ville.
Olivier Galzi a répondu en faisant du logement permanent la priorité.
« Le premier des droits, c’est le logement. »
Le maire a également dit vouloir éviter une « Disneylandisation du centre-ville d’Avignon », avec des quartiers qui resteraient largement inoccupés une partie de l’année avant de se remplir au rythme des locations saisonnières.
Dans la foulée, le conseil a porté de 48,6 % à 60 % la majoration de taxe d’habitation sur les résidences secondaires et autres logements meublés non affectés à la résidence principale. La municipalité estime cette seconde mesure susceptible de générer environ 152 000 euros de recettes supplémentaires.
« Anti-mendicité » ou « anti-délinquance » : le débat s’enflamme sur l’arrêté municipal
L’un des échanges les plus vifs de la soirée est pourtant né d’une délibération consacrée à la solidarité.
La Ville examinait la programmation 2026 du plan Logement d’abord, destiné à lutter contre le sans-abrisme et à faciliter l’accès au logement. Le programme présenté prévoit notamment une subvention de l’État de 450 000 euros, représentant 92 % de son financement annoncé en séance.
Mathilde Louvain a alors interrogé la cohérence entre cette politique sociale et l’arrêté municipal réglementant certains comportements sur l’espace public. Elle a demandé au maire si une politique qu’elle juge trop répressive pouvait être efficace face à des personnes confrontées à la précarité, à la maladie ou aux addictions. Alors qu’Olivier Galzi l’interrompt pendant son intervention, l’élue lui lance « Vous n’êtes pas mon instituteur », avant de demander le retrait de l’arrêté.
Olivier Galzi conteste le rapprochement entre ce texte et la situation des personnes sans domicile. Selon lui, l’arrêté vise des comportements portant atteinte à l’ordre public et non les personnes pauvres elles-mêmes.
Le ton monte encore lorsque le maire reproche à ses opposants de confondre pauvreté et délinquance : « Ce que vous faites, c’est du mépris de classe et c’est honteux. »
Quelques minutes plus tard, David Fournier reprend le sujet. Il affirme soutenir le principe de Logement d’abord mais estime qu’il existe une contradiction avec un texte « que moi j’appelle anti-mendicité ».
David Fournier affirme que certaines personnes auparavant présentes rue de la République se seraient déplacées vers d’autres quartiers, notamment en extramuros. Il demande si des maraudes et un accompagnement y sont prévus.
Olivier Galzi oppose à cette qualification celle d’un arrêté « anti-délinquance sur la voie publique » et renouvelle son accusation de « mépris de classe ».
Le maire affirme également en séance que, sur 257 bénéficiaires du SIAO évoqués à Avignon, 48 vivraient effectivement dans la rue.
Une autre élue d’opposition, Anne Gagniard, appelle alors à la prudence sur le terme même de « délinquance », rappelant que certaines personnes peuvent souffrir de troubles psychologiques, d’addictions ou avoir connu « un accident de la vie ».
« Ne nous trompons pas de débat. »
Elle estime que l’accompagnement doit précéder la répression et que celle-ci, seule, « ne résoudrait pas vraiment les problèmes ».
Ce que prévoit l’arrêté municipal
Au cours des échanges, les mots eux-mêmes ont fait débat. David Fournier parle d’un arrêté « anti-mendicité », tandis qu’Olivier Galzi le qualifie d’« anti-délinquance sur la voie publique ».
Le texte publié par la Ville le 22 septembre est intitulé « arrêté portant réglementation des activités constituant un trouble à l’ordre public ».
Il vise notamment les sollicitations agressives ou menaçantes, les insultes, les rixes et les occupations qui empêchent ou rendent difficile la circulation ou l’accès aux commerces et immeubles. Il précise que l’intervention doit reposer sur des éléments matériels et ne peut être fondée sur « la seule présence ou le seul état » d’une personne. Les maraudes et actions de solidarité restent expressément autorisées.
Cette nouvelle version intervient après la suspension, le 11 septembre, d’un premier arrêté du 31 juillet. Le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes avait alors retenu un doute sérieux sur sa légalité, notamment en raison du caractère jugé trop imprécis et général de certaines interdictions. Cette suspension ne constituait pas encore un jugement définitif au fond.
TERRAH 2030 : l’hôpital face à la question environnementale
Le conseil s’est également penché sur le projet TERRAH 2030 du centre hospitalier d’Avignon.
Le programme prévoit notamment un nouveau bâtiment hospitalier d’environ 6 000 m², pouvant accueillir entre 80 et 112 lits, une extension des urgences adultes et environ 700 m² supplémentaires pour la réanimation. Plus de 80 millions d’euros de financements de l’État ont été annoncés en séance.
Le dossier nécessite toutefois une modification du Plan local d’urbanisme (PLU) en raison de la protection actuelle d’une partie de la zone concernée.
David Fournier a contesté le choix de ne pas imposer une évaluation environnementale complète, considérant que celle-ci constituait un outil utile pour mesurer l’impact du projet à long terme.
La majorité lui a répondu que la Mission régionale d’autorité environnementale avait rendu un avis conforme concluant à l’absence d’incidence notable nécessitant cette évaluation. Elle a aussi indiqué qu’une étude écologique et un diagnostic des arbres avaient été réalisés.
Olivier Galzi a alors recentré le débat sur la finalité du projet :
« Ce n’est pas un projet immobilier pour construire un casino. On est en train de parler de l’extension de l’hôpital. »
Le dossier doit encore revenir devant le conseil municipal lors d’une prochaine étape de modification du PLU.
Façades : « il faut taper »
Autre séquence électrique : la mise en place d’un dispositif permettant d’imposer le ravalement de certaines façades et devantures commerciales dégradées.
Le dispositif concernera 16 rues ou places et prévoit plusieurs étapes d’injonction. En cas d’échec, la Ville pourra aller jusqu’à demander l’exécution des travaux, avec récupération de leur coût auprès des propriétaires concernés.
Des élus ont toutefois demandé que soit prise en compte la situation de propriétaires qui pourraient ne pas avoir les moyens financiers de réaliser des travaux parfois coûteux.
Olivier Galzi a répondu que les immeubles visés étaient déjà identifiés et que les démarches préalables n’avaient pas abouti.
« On a tout essayé et ça ne marche pas [...] Donc, il y a un moment donné, il faut taper. »
Anne-Sophie Rigault a dénoncé une approche trop coercitive et annoncé l’abstention de son groupe. Le maire a ensuite expliqué vouloir viser notamment certains multipropriétaires et leurs montages immobiliers avec une nouvelle formule : « On n’est pas la poubelle des multipropriétaires d’immeubles en France. »
Le camping Saint-Bénézet, entre délégation et éventuel retour en régie
L’avenir du camping municipal Saint-Bénézet a lui aussi été discuté. La Ville a choisi de prolonger temporairement sa délégation de service public afin de disposer de quelques mois supplémentaires pour arrêter le futur mode de gestion.
Plusieurs élus ont soulevé la question d’un éventuel retour dans le giron public, compte tenu de la rentabilité du site. Selon les chiffres communiqués pendant le conseil, la Ville a perçu 57 952,98 euros de redevance en 2025, contre 53 371,48 euros l’année précédente. Olivier Galzi n’a fermé aucune porte. Il a indiqué vouloir comparer les avantages d’une délégation et d’une régie avant de décider : « Moi, je n’ai pas de religion sur cette question. »
Précarité étudiante : quel avenir pour l’AGORAé ?
La précarité étudiante s’est également invitée dans les débats. Le conseil municipal a reconduit le dispositif des corbeilles solidaires, destiné aux étudiants et aux seniors en difficulté. Géré avec l’association ICIPASS et Avignon Université, il permet selon les chiffres présentés en séance de distribuer une cinquantaine de paniers alimentaires chaque semaine. La Ville reconduit une subvention de 21 000 euros pour son fonctionnement.
Mais les échanges ont surtout porté sur l’avenir de l’AGORAé, l’épicerie sociale et solidaire destinée aux étudiants et installée au 104 rue Carreterie. Ouverte en 2023 et portée par Inter’Asso avec le soutien de la Ville, d’Avignon Université et du Crous, elle permettait aux étudiants répondant à des critères sociaux d’acheter des produits alimentaires et de première nécessité à prix réduit.
Anne Gagniard a regretté en séance la disparition du dispositif et interrogé la municipalité sur les solutions envisagées pour les étudiants en situation de précarité. Elle a notamment estimé que les corbeilles solidaires, malgré leur reconduction, ne remplissaient pas la même fonction qu’une épicerie sociale.
La majorité a contesté l’idée selon laquelle la Ville aurait elle-même « supprimé » l’AGORAé. Elle indique avoir mis fin à la location du local occupé par le dispositif. Olivier Galzi a également évoqué la situation d’Inter’Asso, l’association gestionnaire, placée en redressement judiciaire par le tribunal judiciaire d’Avignon le 4 février 2025.
La municipalité annonce désormais vouloir travailler avec Avignon Université et les partenaires concernés sur les réponses à apporter à la précarité étudiante. Un comité de pilotage doit notamment examiner la possibilité d’un dispositif implanté au plus près des étudiants, sur le campus Hannah-Arendt comme à Agroparc.
Du silence aux passes d’armes
Près de cinq heures après l’hommage rendu à Michel Adam, cette séance aura donné une photographie assez nette des lignes de fracture du nouveau conseil municipal après six mois d'exercices. Les finances restent le principal point d’affrontement entre l’ancienne et la nouvelle majorité. Le logement fait désormais l’objet d’une politique fiscale plus offensive. L’arrêté réglementant l’espace public continue, lui, de cristalliser une opposition profonde sur la manière d’articuler sécurité et accompagnement social.
À côté de ces batailles politiques, des dossiers très concrets ont avancé, de l’extension de l’hôpital à l’état des façades, en passant par l’avenir du camping municipal. Une séance commencée par une minute de silence et terminée, plusieurs heures plus tard, après quelques-uns des échanges les plus vifs observés depuis l’installation du nouveau conseil.
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