Fermetures de commerces à Avignon : la réponse fiscale de la mairie
Une crise nationale de l'habillement qui frappe l'intra-muros
La fermeture définitive, le 28 juillet 2026, du magasin Celio au 25 bis rue de la République s'ajoute aux départs récents d'enseignes comme Zara, Caroll, Pimkie, Even ou Minelli. Ce recul de l'équipement de la personne en centre-ville n'est pas propre à Avignon.
Dans son rapport d'information déposé en juillet 2026, la commission des affaires économiques du Sénat indique que le taux de vacance commerciale en France s'établit à 11,6 % en 2025, contre 8,8 % en 2017, atteignant 10,8 % dans les villes de 50 000 à 100 000 habitants.
Cette décommercialisation généralisée s'explique par la mutation profonde des modes de consommation, l'essor du e-commerce, dont les ventes nationales frôlent les 200 milliards d'euros, et les restructurations successives des grandes chaînes de prêt-à-porter.
À Avignon, la municipalité estime que ce phénomène est aggravé par l'attitude de certains propriétaires bailleurs. Le maire, Olivier Galzi, pointe du doigt le niveau des baux pratiqués :
« J'aimerais avoir un Apple, j'aimerais avoir des gens comme ça... Ils me disent : "Monsieur le maire, le prix des loyers est exorbitant par rapport aux communes à côté." Quand vous allez voir les propriétaires et que vous leur dites "vous ne préférez pas baisser votre loyer de 1 000 euros et le louer plutôt que de perdre ?", en fait ils n'en ont rien à faire parce qu'ils sont blindés et qu'ils sont dans une logique de défiscalisation. »
Selon l'analyse avancée par Olivier Galzi, certains mécanismes fiscaux liés au déficit foncier pourraient réduire l'incitation de certains propriétaires à consentir rapidement une baisse de loyer. Une interprétation avancée par le maire pour expliquer la persistance de cellules commerciales vacantes.
Fréquentation touristique et canicule : la conjoncture de l'été 2026
À cette fragilité commerciale s'ajoute une fréquentation touristique estivale moins soutenue sur plusieurs sites majeurs d'Avignon. Selon les chiffres publiés par Avignon Tourisme pour le mois de juillet 2026, la fréquentation payante des monuments historiques enregistre une baisse : le Palais des Papes affiche 89 707 visiteurs, soit une diminution de 12 % par rapport à 2025, et le Pont d'Avignon 59 256 visiteurs, en recul de 31 %. Le hall d'accueil de l'Office de Tourisme a comptabilisé 65 166 visiteurs durant le Festival, soit une baisse de 19,2 %.
Cette baisse s'explique par trois facteurs conjoncturels identifiés par les services touristiques : un effet de comparaison défavorable par rapport à une année 2025 exceptionnelle, marquée par l'exposition Othoniel, une canicule précoce et intense début juillet, avec une vigilance orange et des températures jusqu'à 39 °C, ayant freiné les déplacements, et un contexte économique marqué par la hausse des carburants.
L'activité hôtelière s'est néanmoins maintenue à un niveau élevé, avec un taux de remplissage supérieur à 90 % en juillet et un revenu moyen par chambre (RevPAR) en hausse de 4,2 % sur le premier semestre.
Surtaxe des friches commerciales : le levier fiscal à l'étude
Pour contraindre les propriétaires privés à remettre leurs biens sur le marché, l'exécutif municipal envisage d'utiliser le levier fiscal en portant la taxe sur les friches commerciales (TFC) au taux plafond autorisé par la loi :
« Comme elle n'existe quasiment pas, on va faire une augmentation. Je vais la mettre au plafond légal, on verra bien si ça commence à réagir. Et puis si ensuite ça ne réagit pas, on va les attaquer. »
À noter : cette mesure ne concerne pas les théâtres et lieux de spectacle fermés en dehors de la période du Festival d'Avignon, les salles culturelles n'étant pas assimilées juridiquement à des friches commerciales.
Insalubrité et sécurité : l'impuissance face au droit de propriété
Au-delà de l'impact économique, la municipalité alerte sur les dégradations physiques générées par ces locaux abandonnés. Olivier Galzi cite l'exemple d'un commerce désaffecté posant des problèmes sanitaires et de sécurité :
« C'est insalubre, il y a des rats à l'intérieur. Le carreau de la porte derrière était cassé [...]. Derrière, il y a les étalages, ils vendaient des pulls en laine et ils sont tous sur les étagères comme si le magasin venait de fermer. »
Face à ces situations, l'exécutif municipal se heurte au cadre réglementaire qui protège le droit de propriété et encadre strictement la notion de péril :
« Le retour que j'ai des services, on me dit : "Monsieur le maire, ce n'est pas possible parce qu'ils ont le droit d'être vides, il n'y a pas d'arrêté de péril imminent." Je leur demande si l'on peut prendre un arrêté de péril, mais cela répond à des procédures très encadrées. On se retrouve donc dans une situation juridiquement complexe », indique Olivier Galzi.
Patrimoine municipal : vers la fin des baux extérieurs coûteux
En parallèle de cette pression exercée sur les propriétaires privés, la ville d'Avignon entame un audit de son propre parc immobilier afin d'éliminer les dépenses de loyers jugées superflues. La municipalité remet notamment en question la location de locaux privés pour y loger des services publics, alors que des bâtiments communaux restent inutilisés :
« Je m'aperçois que nous payons des loyers exorbitants à des foncières parisiennes, 7 000 euros, 8 000 euros par mois à la Maison de la tranquillité alors qu'on a des locaux vacants [...]. La Maison de la tranquillité, à 8 000 balles par mois, c'est 90 000 balles par an. On s'aperçoit qu'on nous a vissés avec un loyer sur dix ans. Là, on atteint quasiment un million d'euros. Ce n'est pas le niveau de gestion, c'est le niveau de non-gestion et d'irresponsabilité totale. »
La mairie étudie désormais les voies administratives pour réorienter l'usage de ce site, avec pour objectif de rapatrier progressivement l'ensemble des services municipaux au sein du patrimoine dont la ville est propriétaire.
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