Conseil municipal d'Avignon : les finances de la Ville basculent dans la crise après le rejet des comptes
Réuni mardi 30 juin, de 18h à plus de 23h, le conseil municipal d’Avignon a été largement consacré à la situation financière de la Ville. Les débats ont porté sur le compte administratif 2025, l’audit financier commandé par la nouvelle majorité et le rapport de la chambre régionale des comptes. Le rejet des comptes administratifs a ensuite conduit au retrait de plusieurs délibérations budgétaires inscrites à l’ordre du jour.
Le conseil municipal du 30 juin a donné lieu à une séance longue, dominée par les questions budgétaires. Pendant plus de cinq heures, majorité et oppositions ont confronté leurs lectures de la situation financière d’Avignon.
Un communiqué du maire sur les indemnités de la majorité
La veille du conseil municipal, Olivier Galzi avait publié un communiqué sur Facebook pour annoncer que les élus de la majorité renonçaient à l’augmentation de leurs indemnités votée en avril. Cette hausse, de 350 euros pour les adjoints, avait été présentée comme une compensation pour les élus ayant réduit leur activité professionnelle afin de se consacrer à leur mandat.
Dans ce message, le maire d’Avignon justifie ce recul par la situation financière de la Ville, qu’il qualifie de « catastrophique ». Il affirme que l’audit financier et les alertes de la préfecture imposent désormais des efforts collectifs pour redresser les comptes municipaux. Olivier Galzi indique également avoir déjà réduit ses propres indemnités de 16 % et annonce vouloir diminuer les frais de représentation du maire, dont l’enveloppe est plafonnée à 583 euros par mois.
Cette prise de position a précédé les débats du conseil municipal, au cours desquels la question des finances a occupé une place centrale. Elle a aussi replacé le sujet des indemnités des élus dans un contexte plus large : celui des efforts que la majorité affirme vouloir engager pour répondre à la situation budgétaire qu’elle décrit.
La séance s’est ouverte par l’appel des pouvoirs, la désignation du secrétaire de séance, puis par une minute de silence demandée en mémoire d’Ahmed, décédé lors d’un rodéo urbain sur la rocade d’Avignon.
Le compte administratif 2025 rejeté
Le débat principal a porté sur le compte administratif 2025 du budget principal et des budgets annexes. Emmanuelle Roux-Panis, adjointe au maire chargée des finances, a présenté les principaux éléments budgétaires : baisse des recettes de fonctionnement, hausse des dépenses, progression des charges de personnel, niveau d’investissement élevé et situation des budgets annexes.
Olivier Galzi a affirmé que la nouvelle majorité héritait d’une situation financière préoccupante. Selon lui, certaines dépenses auraient dû être rattachées à l’exercice 2025 et pèseraient désormais sur le budget 2026. Il a également évoqué l’audit commandé au cabinet Klopfer, qui, selon la majorité, alerte sur les marges de manœuvre budgétaires de la commune.
L’ancienne majorité a contesté cette lecture. David Fournier a rappelé que les comptes avaient été validés par le comptable public et a défendu le bilan financier de la précédente mandature. Il a notamment mis en avant l’excédent constaté sur l’exercice 2025 et les investissements réalisés au cours des dernières années.
Le débat a également porté sur la portée respective de deux documents souvent évoqués au cours de la séance : le rapport de la chambre régionale des comptes et l’audit Klopfer. Plusieurs élus ont rappelé qu’ils ne portent pas exactement sur le même périmètre temporel. Le rapport de la chambre régionale des comptes analyse principalement la gestion antérieure et les comptes arrêtés à 2024, tandis que l’audit Klopfer, tel qu’il a été présenté par la majorité, porte sur l’exercice 2025 et ses effets possibles sur le budget 2026. Les deux documents peuvent donc être mis en regard, mais pas comparés directement comme deux diagnostics établis sur une même année budgétaire.
Le débat a opposé deux interprétations. Pour la majorité municipale, la Ville doit désormais faire face à un déséquilibre structurel et à des dépenses insuffisamment anticipées. Pour l’opposition de gauche, la situation est fragile mais ne justifie pas les termes employés par la nouvelle équipe, qui s’appuierait trop fortement, selon elle, sur l’audit commandé après l’élection.
Anne-Sophie Rigault, conseillère municipale d’opposition, a également pris la parole pour rappeler que son groupe alertait depuis plusieurs années sur l’endettement de la Ville. Elle a appelé le maire à envisager une mise sous tutelle temporaire. Olivier Galzi n’a pas présenté cette option comme retenue à ce stade.
Au moment du vote du compte administratif, le maire a quitté la salle, conformément aux règles applicables à ce type de délibération. Les comptes administratifs ont été rejetés, avec 7 voix pour, 22 voix contre et 22 abstentions sur les différentes délibérations.
Après ce rejet, Olivier Galzi a indiqué que les délibérations relatives à l’affectation des résultats, aux ventilations budgétaires et au budget supplémentaire seraient retirées de l’ordre du jour, ces points étant liés à l’adoption préalable des comptes administratifs.
Rapport de la chambre régionale des comptes : des lectures divergentes
Le conseil municipal a ensuite pris acte du rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes. Ce rapport porte sur la gestion de la Ville sur la période récente et formule plusieurs recommandations.
Parmi les points relevés figurent notamment l’encadrement de l’utilisation des véhicules de service, la mise en conformité des concessions de logement, la fin de certaines gratuités irrégulières, le renforcement du contrôle des régies, le suivi de l’activité de la police municipale, l’élaboration d’un schéma directeur immobilier et la mise en place d’une zone tampon autour du site Unesco.
La majorité a rapproché ce rapport des conclusions de l’audit Klopfer, en soulignant des points de convergence sur l’endettement, l’autofinancement, la progression des charges et la rigidité de la masse salariale.
L’opposition a, de son côté, insisté sur le fait que la chambre régionale des comptes ne formulait pas les mêmes conclusions que l’audit commandé par la nouvelle majorité. Elle a rappelé que le rapport de la chambre évoquait une situation fragile, sans reprendre nécessairement l’analyse de crise budgétaire présentée par l’exécutif municipal.
Le règlement intérieur adopté après le rejet des amendements
Le conseil municipal a également examiné le nouveau règlement intérieur. Le groupe La Nouvelle Avignon populaire a présenté plusieurs amendements portant sur l’accès aux documents, le temps de parole, les questions orales, les vœux, les motions, les locaux de l’opposition et les tribunes d’expression.
La majorité a rejeté ces amendements, estimant notamment que certains points avaient déjà été discutés ou que les règles proposées n’étaient pas nécessaires. Le règlement intérieur a ensuite été adopté.
À cette occasion, plusieurs élus d’opposition ont demandé une meilleure transmission des amendements et documents lors des prochaines séances, afin que chaque groupe puisse se prononcer en connaissance de cause.
Le marathon d’Avignon approuvé à l’unanimité
Sur le volet sportif, les élus ont approuvé à l’unanimité la convention de co-organisation du marathon d’Avignon avec l’association Provence Sport Organisation. La première édition est annoncée pour le 27 septembre 2026.
L’événement doit réunir plusieurs milliers de participants et mettre en valeur le patrimoine avignonnais à travers son parcours. La Ville accompagnera l’organisation sur les aspects techniques, logistiques, administratifs et de sécurisation.
Débat autour des subventions sportives et de l’Avignon Volley-Ball
La question des subventions aux associations sportives a également suscité des échanges, notamment autour de la situation de l’Avignon Volley-Ball.
La majorité a indiqué ne pas pouvoir verser le solde d’une subvention à une structure en grande difficulté financière, en raison du risque que l’aide bénéficie prioritairement aux créanciers plutôt qu’au projet sportif. Xavier Bourgue, adjoint au maire chargé des sports, a expliqué que la Ville souhaitait accompagner les dirigeants associatifs dans leurs démarches et travailler à une nouvelle structuration.
L’opposition a critiqué la méthode et alerté sur les conséquences possibles pour les licenciés, les jeunes pratiquants et l’avenir du club.
Les finances municipales s’imposent comme sujet central du mandat
Ce conseil municipal du 30 juin marque une étape importante du mandat. La situation financière de la Ville s’impose désormais comme le principal sujet politique local.
La situation financière de la Ville apparaît désormais comme un point de fragilité majeur du début de mandat. Le rejet des comptes administratifs, le retrait du budget supplémentaire et les lectures opposées des documents financiers ouvrent une période d’incertitude. La possibilité d’une mise sous tutelle a été évoquée dans le débat, notamment par l’opposition, mais aucune décision en ce sens n’a été annoncée. Les prochaines semaines diront si la majorité parvient à stabiliser la trajectoire budgétaire ou si l’État est amené à intervenir plus directement dans le suivi des finances municipales.
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