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mercredi 30 septembre 2026
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Interview

Ban des vendanges : à Avignon, la fête populaire d’un territoire et de ses vignerons

Mathilde Pallon · 1 Septembre 2026 à 12h12 · Mis à jour le 30 Septembre 2026 à 12h13
Ce samedi, Avignon célèbrera une nouvelle édition du Ban des vendanges, grand rendez-vous populaire porté par les Compagnons des Côtes du Rhône. David Bérard, délégué des Compagnons des Côtes du Rhône, revient sur l’histoire de cette tradition, son ancrage au pied du Palais des Papes, ses coulisses et son sens profond. Derrière la fête, les confréries, la musique et le marché gourmand, il y a surtout un moment de rencontre : celui où le public vient saluer les vignerons, leur travail et le début symbolique des vendanges.
Co-fondatrice, rédactrice et photographe
Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits. Mon objectif : offrir un regard neuf sur mes sujets et partager le plaisir de la découverte d'une manière qui vous captive.
Ban des vendanges : à Avignon, la fête populaire d’un territoire et de ses vignerons

Une tradition ancienne devenue fête populaire

À l’origine, le Ban des vendanges était un acte officiel. Sous l’Ancien Régime, puis plus tard dans certaines régions viticoles, il marquait le moment où l’autorité annonçait que le raisin était arrivé à maturité et que les vendanges pouvaient commencer. « Le Ban des vendanges, c’est le moment où on se dit que le raisin est à maturité, qu’on peut vendanger », rappelle David Bérard. C’est aussi, ajoute-t-il, « un moment symbolique parce que ça couronne une année de travail du vigneron ».

À Avignon, cette tradition a pris une autre forme. Il y a un peu plus de trente ans, de jeunes vignerons de villages du nord Vaucluse ont voulu donner plus d’ampleur à cette fête en l’amenant dans la capitale des Côtes du Rhône. Le premier Ban avignonnais rassemble alors environ mille personnes autour d’un banquet place du Palais des Papes. Déjà, un texte est proclamé depuis la façade du monument. Il annonce que le raisin est bon, que le travail du vigneron peut commencer, que les hommes peuvent s’entraider pour récolter le meilleur fruit et faire le meilleur vin.

Trente ans plus tard, la phrase est toujours là. Le lieu aussi. Le Ban a grandi, s’est modernisé, mais il conserve ce geste fondateur : proclamer ensemble le début symbolique des vendanges. « L’idée, c’est de moderniser une tradition », résume David Bérard. La vidéo, la musique, les couleurs, les jeunes compagnons, les nouvelles idées ont fait évoluer l’événement. Mais le cœur reste le même : se retrouver autour du vin, du territoire et de ceux qui le font vivre.

Avignon, capitale des Côtes du Rhône

Pourquoi Avignon ? Pour David Bérard, la réponse s’impose presque d’elle-même. Dans les années 1980-1990, les vignerons cherchaient un “phare” pour incarner l’appellation des Côtes du Rhône. Avignon avait tout : le Palais des Papes, le pont, les remparts, le Festival, la culture, le patrimoine. « Quelle ville pouvait mieux incarner qu’Avignon la capitale des Côtes du Rhône ? », interroge-t-il.

Cette expression, “capitale des Côtes du Rhône”, n’est pas seulement symbolique. David Bérard la rattache à une réalité très concrète : près d’une centaine de rendez-vous liés au vin sont organisés chaque année à Avignon. Le Ban des vendanges, le Festival du Rhône, la Saint-Vincent, le bar à vin, les rendez-vous des Compagnons, les événements autour de l’œnotourisme ou de la viticulture : tout cela compose un calendrier dense, où le vin dialogue avec le patrimoine, la culture et la fête.

Mais le Ban n’est pas réservé aux spécialistes. Au contraire. David Bérard insiste : « C’est d’abord une manifestation populaire. » L’entrée est gratuite. On peut venir goûter, acheter une bouteille, manger sur le marché gourmand, mais on peut aussi simplement danser, écouter, se promener, venir en famille, profiter de la place illuminée. « Celui qui veut juste venir danser avec sa famille, partager un joli moment, il peut aussi. »

C’est cette accessibilité qui fait, selon lui, la force de l’événement. Le Ban attire chaque année entre 10 000 et 13 000 personnes. Une foule, oui, mais surtout « une vraie masse de gens heureux, souriants ». David Bérard parle même d’une « onde de choc positif » dans Avignon : un moment gratuit, simple, joyeux, où les gens se croisent, discutent, se retrouvent. « L’important, c’est de se parler », dit-il. Et peut-être encore plus aujourd’hui, après des années où le besoin de se retrouver s’est fait sentir plus fort.

Pour lui, le plus beau moment arrive presque à la fin. Vers minuit, lorsque les Compagnons sont encore sur scène avec l’orchestre et que le public passe devant eux pour partir. Les gens disent merci, au revoir, à l’année prochaine. « Un peu comme si on était en vacances chez un cousin », sourit-il. C’est peut-être cela, au fond, le Ban : une fête du vin, bien sûr, mais surtout une grande fête de retrouvailles.

Dans les coulisses d’une fête

Derrière cette impression de simplicité, il y a une mécanique énorme. Le Ban ne se prépare pas en quelques semaines. « Trois cent soixante-quatre jours », répond David Bérard lorsqu’on lui demande combien de temps il faut pour organiser l’événement. Dès le lendemain, les Compagnons se réunissent pour débriefer : ce qui a fonctionné, ce qui doit être amélioré, ce qui pourra être corrigé l’année suivante.

L’association compte 75 bénévoles. Autour d’eux, une centaine de techniciens interviennent pour le montage, la scène, le son, la lumière, l’électricité, les barrières, la sécurité. Une équipe cœur d’une dizaine de Compagnons porte plus directement la production de l’événement, mais l’esprit reste collectif. « On écrit le Ban des vendanges de l’année prochaine tous ensemble », explique David Bérard. Les plus jeunes apportent leurs idées, les plus anciens leur expérience. Le plus jeune compagnon a une vingtaine d’années, le plus âgé plus de 80 ans. Là encore, la tradition se transmet en se renouvelant.

Pour David Bérard, voir la place du Palais des Papes se remplir reste l’un des moments les plus forts. Il y a d’abord la fierté. Celle de voir un événement de cette ampleur porté non par une entreprise, ni par une agence de communication, mais par une association de bénévoles. « Il y a peu d’exemples d’événements de cette envergure qui sont portés par une association de bénévoles », souligne-t-il. Derrière la fête, il y a des mois de réflexion, de co-construction, de contraintes administratives, techniques, financières et de sécurité. Pourtant, chaque année, le Ban revient. « Pourquoi ? Parce que c’est magique », résume-t-il.

Cette magie, il la ressent particulièrement au moment de la proclamation. Sur la place, il y a les confréries, les couleurs, les partenaires, les familles, les vignerons, les invités, le public. Certains vignerons seront dans leurs vignes dès six heures le lendemain matin, mais ils sont là, ce soir-là, pour faire la fête et remercier ceux qui viennent à leur rencontre. David Bérard parle alors d’une émotion très forte, presque difficile à contenir. La place du Palais, illuminée, pleine, vivante, devient plus qu’un décor : elle devient le cœur battant du Ban.

Parmi les souvenirs qui l’ont marqué, il évoque une édition un peu folle, dans les années 2010, où les Compagnons avaient décidé de réunir, place du Palais des Papes, « le plus grand groupe de rock au monde ». Des centaines de musiciens, des écoles de musique, des chanteurs, des bassistes, des guitaristes, des claviers, des câbles partout, une équipe technique sous pression. Le matin, tout se passe bien. Puis l’orage arrive. Il faut bâcher, attendre, hésiter. Maintenir ou annuler ? Finalement, les organisateurs décident d’y aller. Les enfants jouent, les nuages tournent, le soleil revient. « Quand on a vu le sourire dans les yeux des gosses, on s’est dit qu’on avait bien fait », se souvient-il.

Un autre souvenir revient souvent : celui du public, à la fin de la soirée. Les gens passent devant les Compagnons, les remercient, leur disent à l’année prochaine. Pour David Bérard, cela ressemble à un départ de vacances chez des cousins, quand on se quitte en se promettant de revenir. « C’est ce rêve qui nous marque beaucoup », confie-t-il. Le Ban des vendanges tient aussi à cela : des instants simples, des sourires, des mercis, et cette impression, l’espace d’une soirée, de partager quelque chose de plus grand qu’une fête.

Ce qu’il ne faut pas manquer cette année

Cette année, les Compagnons veulent aussi aller davantage vers les Avignonnais. Un stand sera déplacé dans les rues et sur les places, avec des compagnons prêts à discuter, à expliquer, à rencontrer le public. Un espace sera aussi prévu pour les enfants, qui pourront dessiner, créer, mais surtout échanger avec les bénévoles.

Le samedi, à partir de 17 h, les confréries bachiques défileront dans les rues d’Avignon, avec leurs couleurs, leurs tenues, leurs dorés, leurs pourpres, leurs bleus et leurs jaunes. Puis viendra la messe des vendanges à Notre-Dame des Doms, tradition maintenue depuis trente ans.

Le point d’orgue aura lieu à 19 h, place du Palais des Papes, avec la proclamation du Ban. Pour David Bérard, c’est le moment à ne pas manquer : « Tout le sens du Ban des vendanges, c’est de dire que ça y est, c’est les vendanges. » Les confréries, les élus, les professionnels, les vignerons et le public se retrouvent alors au même endroit. Le raisin est goûté, le texte proclamé depuis la façade du Palais. Ensuite, le marché gourmand et les caves ouvrent, l’orchestre prend le relais, et la fête se prolonge jusqu’à minuit.

Cette édition fera aussi la part belle aux commerçants avignonnais. Certains baisseront leurs rideaux un peu plus tôt pour venir s’installer sur le Ban. Des chefs, les Maîtres cuisiniers de France, les Disciples d’Escoffier ou encore les bouchers de Vaucluse participeront à la fête. Côté musique, l’orchestre sera lui aussi avignonnais, avec les Bandits Manchots et Manu Enco. Une manière de rappeler que le Ban n’est pas seulement un événement autour du vin : c’est aussi une fête de ville.

Le grand moment des vignerons

Si le Ban est une fête, il ne faut pas oublier ceux qu’il vient saluer : les vignerons. Pour eux, les vendanges sont le point d’orgue d’une année de travail. Le raisin ne se ramasse plus parce qu’un seigneur, un préfet ou une proclamation l’autorise. Chaque vigneron décide du bon moment. Il observe, goûte, mesure le sucre, écoute son expérience. « Il a d’abord son œil », explique David Bérard. Puis viennent les outils, comme le réfractomètre, et surtout la bouche : on goûte, on écrase le grain, on observe le pépin.

Cette année, les rouges semblent avoir bien tenu, les blancs davantage souffert de la chaleur. Le raisin est là, parfois en quantité, mais il faut encore attendre le bon moment. « Ce n’est pas une période sereine », rappelle David Bérard. Le vigneron prend un risque chaque jour. S’il vendange trop tôt, le raisin n’est pas prêt. S’il attend trop, la pluie, le vent ou la grêle peuvent tout changer. « Sur quelques jours se joue une année de travail », résume-t-il. Peu de métiers concentrent autant d’enjeux sur un temps aussi court.

Le dérèglement climatique, lui, est déjà là. Les dates de vendanges avancent, la chaleur modifie les équilibres, les vignerons cherchent de nouveaux cépages, de nouvelles façons de tailler, de protéger les raisins, de s’adapter. Mais David Bérard garde confiance. Les vignerons savent observer, inventer, évoluer. « Ce sont des paysans. Le paysan aménage le paysage, certes, c’est dans son nom, mais surtout il nous nourrit. » Une phrase simple, presque évidente, qui rappelle la place essentielle de celles et ceux qui travaillent la terre.

Alors pourquoi venir au Ban des vendanges ? La réponse de David Bérard fuse, sans détour : « Parce que c’est la plus belle fête d’Avignon. » Une fête gratuite, populaire, heureuse, portée par 75 compagnons “qui ont la banane”, des vignerons présents malgré les vendanges qui les attendent dès l’aube, des commerçants, des chefs, des musiciens, des familles, des touristes et des Avignonnais.

Le Ban des vendanges n’est pas seulement une soirée autour du vin. C’est un moment de passage. Une façon de dire merci aux vignerons avant que commence le travail le plus intense de l’année. Une manière de faire vivre Avignon comme capitale des Côtes du Rhône. Et surtout, une fête où l’on vient se parler, se retrouver, trinquer peut-être, danser sûrement, et repartir avec cette sensation simple : celle d’avoir partagé quelque chose.

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Article de : Mathilde Pallon
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