Au Palais des Papes, un parfum pour raconter la pierre, les jardins et le vivant
Il y a des soirs où le Palais des Papes se laisse approcher autrement. Ce soir-là, les invités n’ont pas seulement franchi les portes d’un monument. Ils ont traversé ses salles de nuit, en petit comité, dans une atmosphère presque suspendue. Avant de découvrir Les Pierres du Palais, nouvelle fragrance d’intérieur signée L’Occitane en Provence, la soirée a commencé par une visite privée du monument.
Dans la Grande Chapelle, l’exposition Relatum : Lee Ufan au Palais des Papes, présentée jusqu’au 15 novembre 2026, imposait sa présence. Des plaques d’ardoise posées au sol, imbriquées les unes aux autres, formaient comme un immense tapis minéral. Sous la conduite de Julien Gallon, attaché de conservation, les visiteurs ont été invités, exceptionnellement, à marcher sur l’installation. Le geste avait quelque chose d’inédit. À chaque pas, les pierres résonnaient et le son venait se répercuter contre les murs de cette salle monumentale. Une manière, déjà, de rappeler que le Palais ne se regarde pas seulement : il s’écoute, se traverse, se ressent.
Faire sentir un monument
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit Les Pierres du Palais. Avec cette fragrance, L’Occitane en Provence ne cherche pas simplement à créer un parfum d’intérieur. La Maison propose une autre manière d’entrer dans le monument : par l’odorat.
Le projet est né d’un partenariat ancien entre L’Occitane en Provence, Avignon Tourisme et le Fonds de dotation du Palais des Papes et du Pont d’Avignon. Depuis plus de dix ans, ils partagent une même volonté : préserver le patrimoine tout en le reliant au vivant. Le premier grand chantier commun a été celui des jardins médiévaux du Palais des Papes, rendus de nouveau visibles et accessibles après dix ans d’études, avant leur inauguration en 2020.
Pour Stéphanie Brémond, directrice du mécénat et déléguée générale du Fonds de dotation du Palais des Papes et du Pont d’Avignon, cette fragrance raconte “la suite de l’histoire”. Après les jardins, il s’agissait d’aller plus loin dans l’expérience sensible du lieu. “Il était question, après ces dix années de travaux ensemble sur les jardins, de raconter autre chose des jardins et de permettre aux visiteurs, au monde entier, d’imaginer à quoi pouvait sentir le Palais des Papes”, explique-t-elle.
Alors, comment restituer l’odeur d’un monument ? Comment traduire la chaleur du soleil sur la pierre en été, le froid du mistral en hiver, le réveil des jardins au printemps ? C’est tout l’enjeu de cette création olfactive. Stéphanie Brémond évoque “beaucoup de minéral, du végétal”, mais aussi “un côté rustique” et “très puissant”. À ses yeux, le pari est réussi : “Ça ressemble tout à fait au Palais des Papes.”
Une fragrance minérale et végétale
Présentée dans les jardins du Palais, Les Pierres du Palais rejoint la collection Maison “Cultures” de L’Occitane en Provence. Sur une table, plusieurs fragrances d’intérieur étaient réunies, comme autant d’évocations du territoire et du caractère de notre région. Parmi elles, Les Terrasses de Forcalquier, Les Chemins des Baronnies ou encore Les Restanques de Mane. Au centre, bien en évidence, se trouvait la création du jour.
Le flacon lui-même dit quelque chose de l’objet : une fragrance d’intérieur haut de gamme, pensée comme un prolongement du lieu plus que comme un simple parfum d’ambiance. On est ici dans un univers de raffinement assumé, où le patrimoine devient source d’inspiration, de mémoire et de sensation.
Dans Les Pierres du Palais, l’accord se veut à la fois minéral et végétal. Il convoque la pierre ocre, les salles fraîches, les jardins retrouvés, mais aussi cette part plus mystérieuse que le Palais garde en lui. Le parfum ne prétend pas résumer sept siècles d’histoire. Il en propose une empreinte, une sensation, peut-être même une porte d’entrée plus intime.
Stéphanie Brémond résume d’ailleurs la responsabilité qui accompagne ce type de projet : “Nous avons une responsabilité envers ce monument unique au monde.” Le Palais, rappelle-t-elle, “nous regarde du haut de ses 700 ans d’histoire”. Il ne s’agit donc pas de le transformer en décor, encore moins de le dénaturer, mais de continuer à écrire avec lui une histoire vivante.
La faune et la flore des fresques comme nouveau terrain de recherche
La soirée ne se limitait pas à la présentation d’un parfum. Elle annonçait aussi un nouveau projet de recherche consacré à la faune et à la flore représentées dans les décors peints du XIVe siècle du Palais des Papes.
Au fil de la visite, les invités ont ainsi découvert des salles où le vivant apparaît sur les murs : oiseaux, arbres, scènes de chasse, paysages rêvés ou recomposés. Malgré les altérations du temps, les usages successifs du bâtiment et les marques laissées par l’histoire, ces décors conservent une force d’évocation étonnante. On y distingue un univers végétal et animal foisonnant, presque exotique, qui ouvre l’imaginaire autant qu’il interroge notre rapport au patrimoine.
Ces peintures ne sont pas de simples ornements. Elles peuvent être lues comme un registre précieux du vivant tel qu’il était représenté au Moyen Âge. Le nouveau projet vise justement à étudier cette faune et cette flore peintes dans les fresques, puis à les mettre en regard avec les espèces présentes aujourd’hui dans l’environnement du Palais et du Pont d’Avignon.
Un diagnostic contemporain est mené avec la LPO, la Ligue pour la Protection des Oiseaux. L’objectif est de mieux connaître la biodiversité qui entoure le monument, mais aussi de comparer ce qui est représenté dans les décors médiévaux avec le vivant actuel. Au Pont d’Avignon, l’enjeu est d’apprendre à écouter et observer autrement le paysage : le Rhône, l’île de la Barthelasse, les oiseaux, les espèces qui nichent ou se reproduisent autour du site. Au Palais, il s’agit davantage de regarder ce que les murs donnent à voir.
Cette démarche donne une profondeur particulière au projet. Elle rappelle que le patrimoine ne se limite pas à la pierre. Il est aussi fait de sols, de jardins, de fresques, d’espèces, de traces et d’interprétations. Il oblige à regarder le passé, mais aussi le présent.
Révéler sans dénaturer
“Révéler le Palais des Papes, sans jamais le dénaturer.” La formule, portée par Stéphanie Brémond, résume bien l’équilibre recherché. Le mécénat, explique-t-elle, ne consiste pas simplement à “tendre la main pour recevoir”. Ce sont les projets qui fédèrent. Et aujourd’hui, dans un contexte où le mécénat patrimonial doit se réinventer, il faut imaginer de nouvelles formes de collaboration.
Les Pierres du Palais en est un exemple. Une marque provençale, un monument emblématique, un fonds de dotation, une histoire de jardins, une recherche sur le vivant, une fragrance d’intérieur : l’ensemble pourrait paraître inattendu. Pourtant, la cohérence se dessine. Depuis la restauration des jardins jusqu’à cette empreinte olfactive, le fil conducteur reste le même : faire sentir, voir et comprendre un Palais encore habité par son histoire.
Stéphanie Brémond insiste sur ce qui fonde les mécénats solides : “Les histoires humaines.” À partir du moment où un projet est porté avec vérité, dit-elle, il peut rencontrer des femmes et des hommes qui ressentent une émotion. C’est cette émotion qui rend l’engagement possible.
Avec Les Pierres du Palais, le monument se découvre donc autrement. Par le regard, bien sûr. Par la mémoire. Par la recherche. Mais aussi par une sensation plus fugace, plus personnelle : une odeur. Celle d’un Palais minéral, végétal, froid parfois, puissant toujours, qui continue de raconter Avignon autrement.
Informations pratiques
Les Pierres du Palais
Fragrance d’intérieur, collection Maison “Cultures” de L’Occitane en Provence.
Disponible à partir d’octobre 2026 dans les boutiques L’Occitane en Provence et sur le site de la marque.
Exposition Relatum : Lee Ufan au Palais des Papes
Présentée au Palais des Papes jusqu’au 15 novembre 2026.
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