Avignon : face au manque de profs, les lycéens de Mistral dans la rue sous la protection de leurs parents
« On a besoin de faire des sorties scolaires parce que c’est notre bac. » Dans le cortège, Léa*, une lycéenne de Frédéric-Mistral, insiste sur la place de la culture dans sa formation. Théâtre, danse, cinéma, arts : assister à des spectacles, voir des films ou découvrir des expositions fait partie intégrante des apprentissages des élèves des spécialités artistiques.
Selon elle, les restrictions budgétaires réduisent ces possibilités et affectent directement les conditions dans lesquelles ils préparent leur baccalauréat.
Des parents présents pour encadrer et apaiser le cortège
Alors que plusieurs rassemblements lycéens ont été marqués cette semaine à Avignon par des tensions et des dégradations, le cortège suivi ce vendredi offrait une image bien différente. Pour veiller sur les lycéens, plusieurs parents d'élèves ont fait le choix de s'interposer et de « faire tampon ». « C’était quand même un peu plus rassurant pour nous, les parents, d’être là », confie Stéphane*.
Leur rôle de médiateur a fait ses preuves sur le trajet : ce sont eux qui ont éteint le départ de feu provoqué par une personne venue se mêler au cortège et qui ont raisonné un automobiliste cherchant à forcer le passage. « On essaie de faire en sorte que ça se passe le mieux possible. Il faut rappeler quand même qu'à leur âge, ils n'ont pas le droit de vote. Aujourd'hui, le seul moyen qu'ils ont pour s'exprimer, c'est la rue », justifie Stéphane*.
« Ils se renvoient la balle » : l'angoisse des cours non remplacés
Au-delà des sorties culturelles, c'est l'absence d'enseignants qui cristallise la colère. Léa* signale « pas mal de profs absents qui ne sont pas remplacés » à Mistral, tout en prenant soin de dédouaner les professeurs eux-mêmes : « On ne dit pas que c’est leur faute, bien évidemment ».
Le problème semble systémique et touche d'autres établissements : les manifestants évoquent un professeur de NSI (Numérique et Sciences Informatiques) absent depuis la rentrée pour des raisons de santé, ou encore l'absence de professeur de philosophie au lycée Aubanel. Face à ces trous dans l'emploi du temps, les démarches des élèves tournent court : « La direction nous dit d'aller au rectorat, et le rectorat nous dit de le dire à la direction. C'est un peu tic-tac, ils se renvoient la balle », soupire une élève.
Cette situation nourrit une forte anxiété. Avec des journées à rallonge, des trajets parfois longs pour rentrer chez soi, et de « gros devoirs », la pression s'accumule. L’ombre de Parcoursup plane sur ces lycéens qui dénoncent un système « pesant, stressant et injuste ». « Comment on peut viser l'excellence si on n'a pas de cours ? », résume l'une d'elles.
Une critique des choix budgétaires nationaux
Ces parents refusent d'infantiliser le mouvement. Loin d'être manipulés, ces jeunes « voient très bien quel est le problème et ils le disent », martèlent les pères de famille.
Pour eux, les difficultés de Mistral sont le symptôme d'un mal plus profond. Stéphane* donne l'exemple de sa fille, aujourd'hui en terminale, qui n'a eu que « sept heures d'espagnol sur toute l'année » de première. La gestion des enseignants manquants est également pointée du doigt. Évoquant l'absence d'un professeur de philosophie en congé, un parent rapporte les bruits qui courent dans les classes : « Le lycée l'a poussé à revenir trois semaines pour pas qu'il soit absent suffisamment longtemps pour demander au rectorat de le remplacer. C'est ce qu'il a dit aux élèves ! ». Vraie consigne ou ressenti du terrain, la rancœur, elle, est bien réelle.
« Il y a une baisse des moyens dans l'école publique », analyse Laurent*, qui dénonce un glissement des financements vers le privé et un manque de considération politique pour la jeunesse face à d'autres secteurs. « La vérité sort de la bouche des enfants. Ce sont des choses très concrètes qu'ils revendiquent », conclut-il, fier de voir ces lycéens et « futurs électeurs » défendre le service public de l'éducation.
Ce calme relatif observé autour des lycéens de Mistral détonne singulièrement avec le climat de tension extrême qui pèse sur le Grand Avignon depuis 48 heures. La veille, les abords des lycées Philippe-de-Girard et Aubanel avaient connu de fortes tensions, avec jets de projectiles, usage de gaz lacrymogènes par les forces de l'ordre et des dégradations chiffrées à près de 9 000 euros par la municipalité. Un climat éruptif qui a conduit le préfet à interdire certains rassemblements et le parquet à multiplier les interpellations.
Pourtant, résumer la mobilisation lycéenne à ces seuls affrontements serait passer à côté des revendications exprimées par une partie des élèves. C'est pourquoi la rédaction a fait le choix de suivre un seul cortège durant cette matinée : celui des lycéens de Mistral, accompagnés de leurs parents.
L'objectif était d'écouter, au-delà des incidents qui ont marqué ces derniers jours, ce que ces jeunes avaient à dire sur leurs conditions d'études : enseignants absents, sorties pédagogiques réduites, pression scolaire et inquiétudes liées à Parcoursup.
*Les prénoms ont été modifiés.
Avignon et Moi est un média local indépendant, gratuit et sans publicité intrusive. Pour continuer à exister, nous avons besoin de votre soutien.
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !