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Palais des Papes : il y a cinquante ans, Avignon faisait le pari des congrès

Le Centre des congrès du Palais des Papes célèbre ses cinquante ans en 2026. Les archives de presse consultées par Avignon et Moi à la bibliothèque Ceccano racontent les origines de cet aménagement : restaurer deux ailes du monument pour accueillir des rencontres professionnelles que la ville devait jusque-là refuser. Un chantier de longue haleine, entre ambition économique, contraintes médiévales et technologies des années 1970.
Jérôme Chaudier·
Palais des Papes : il y a cinquante ans, Avignon faisait le pari des congrès

Des centaines d’invités, des journalistes de la presse régionale et nationale, des photographes et la télévision : le 17 février 1977, l’inauguration du centre des congrès fait événement au Palais des Papes. Autour du député-maire Henri Duffaut, les responsables publics découvrent un équipement destiné à donner une nouvelle fonction à une partie du monument.

Les comptes rendus sont enthousiastes. Dans Le Provençal, aujourd’hui La Provence, Gérard Perrin raconte l’adaptation des techniques du XXe siècle à l’architecture du XIVe. Dans Le Dauphiné libéré, Jean Faure détaille le choix de la municipalité et les aménagements. La Marseillaise décrit également les salles et leurs équipements. Au-delà de la cérémonie, ces textes éclairent les raisons qui ont poussé Avignon à entreprendre cette transformation.

Une précision permet de comprendre le calendrier de cet anniversaire : Avignon Tourisme retient 1976 pour l’achèvement de l’aménagement du centre, tandis que son inauguration officielle a eu lieu le 17 février 1977, date également rapportée par Le Monde. Le cinquantenaire célébré le 18 septembre 2026 se réfère donc à l’achèvement des travaux.

Salle des conclaves lors des travaux
Salle des conclaves lors des travaux - Archives de la ville d’Avignon – 182Fi304 – Maurice Costa

Années 1960 : des congrès refusés faute de salles

Au départ, le problème est concret. Selon les propos de Jean Sonnier rapportés par Gérard Perrin dans Le Provençal, Avignon reçoit, autour des années 1960, un nombre croissant de demandes pour organiser des réunions et des congrès. Faute de salles adaptées, la ville doit en refuser.

Dans Le Dauphiné libéré, Jean Faure évoque les limites du palais de Champfleury, jugé mal adapté face aux équipements dont disposent d’autres villes du Midi. Le tourisme apporte déjà une activité importante à Avignon, mais une partie de la clientèle professionnelle risque de lui échapper.

Deux besoins se présentent alors à la municipalité : restaurer son patrimoine monumental et se doter d’un équipement capable d’accueillir ces rencontres. Faut-il mener simultanément la restauration des bâtiments anciens et la construction d’un palais des congrès moderne hors les murs ?

La solution retenue, en accord avec Jean Sonnier, architecte des monuments historiques, consiste à réunir les deux opérations. Les ailes du Conclave et des Grands Dignitaires seront restaurées et aménagées pour recevoir les congressistes. Le Palais doit ainsi bénéficier d’un nouvel usage, tandis que la ville se dote des salles qui lui manquent.

Salle des conclaves lors des travaux - photo 2
Salle des conclaves - Archives de la ville d’Avignon – 182Fi304 – Maurice Costa

Prison, caserne puis congrès : les multiples vies du monument

Ce choix intervient dans un Palais qui a déjà connu plusieurs vies. Après la période pontificale, ses usages de prison et de caserne ont profondément transformé les espaces. Des niveaux supplémentaires ont été aménagés, des ouvertures percées et des décors masqués.

Lors de la conférence organisée pour le cinquantième anniversaire, Corinne Langlois, conservatrice du Palais des Papes, a souligné le paradoxe de cette occupation. Si elle a altéré le monument, elle a aussi contribué à sa conservation, notamment en maintenant des toitures.

Après le départ de l’armée en 1906, les restaurations effacent progressivement les aménagements militaires. Mais deux ailes restent longtemps sans nouvelle affectation. En commentant les photographies du chantier du centre des congrès, la conservatrice rappelle l’état de l’aile accueillant la salle du Conclave : « Il n’y avait plus aucun plancher, en fait. Il y avait juste un toit. »

L’intervention dépasse donc largement l’installation de fauteuils et de microphones. Elle redonne une organisation et une fonction à des volumes qui avaient perdu leur usage.

Palais des Papes lors des travaux
Palais des Papes - Archives de la ville d’Avignon – 182Fi304 – Maurice Costa

Le défi de Jean Sonnier : faire circuler les participants

Dans Le Provençal, Jean Sonnier désigne une difficulté majeure : les circulations. Un congrès moderne n’a pas les mêmes besoins que la cour pontificale du XIVe siècle.

Il faut permettre aux participants de rejoindre les salles, de passer d’un niveau à l’autre et d’accéder aux différents services. Selon le compte rendu de Gérard Perrin, la réponse passe notamment par un passage souterrain, plusieurs ascenseurs et un grand escalier desservant les trois niveaux de l’aile du Conclave.

À cette adaptation s’ajoute un travail architectural d’ensemble. Avec l’appui de Sylvain Gagnière, alors conservateur du Palais, Jean Sonnier associe restauration des dispositions anciennes et création contemporaine. Béton armé, bois lamellé-collé, mobilier et tentures participent à l’aménagement.

La salle du Conclave que l’on découvre aujourd’hui raconte donc aussi les années 1970. Son apparence témoigne des choix faits pour accueillir une activité nouvelle dans les murs anciens.

Ensemble de photos du diaporama des 50 ans du centre des Congrès
Ensemble de photos du diaporama des 50 ans du centre des Congrès

Télévision en circuit fermé et traduction simultanée

Les équipements techniques occupent une place importante dans les articles de l’époque. Le nouveau centre dispose de moyens de réception, d’enregistrement et de transmission du son et des images, ainsi que d’un système de traduction simultanée permettant à chaque auditeur de sélectionner sa langue.

Des caméras installées dans les principales salles transmettent les images sur un circuit interne de télévision. Une régie générale commande l’ensemble. Les journalistes mentionnent également les appareils de projection, les installations de sonorisation et le traitement de l’acoustique.

Un détail relie directement technique et décoration : les moquettes et les tentures murales inspirées des manuscrits du Moyen Âge contribuent au confort d’écoute. Le décor participe ainsi au fonctionnement des salles.

La modularité fait déjà partie du projet. Une salle de 200 places peut être divisée en quatre espaces de 50 places grâce à des cloisons mobiles. Selon les rencontres, le centre doit pouvoir accueillir une assemblée, des commissions ou des séminaires plus restreints.

Dans La Marseillaise, l’article non signé souligne aussi la disposition de la grande salle, où les participants se font face afin de faciliter le dialogue. L’aménagement cherche à concilier les dimensions du monument avec les besoins très pratiques d’une réunion.

Salle des Conclaves aujourd'hui
Salle des Conclaves aujourd'hui

Vingt-cinq millions de francs : un investissement défendu par Henri Duffaut

Les archives évoquent une opération engagée depuis une quinzaine d’années, avec des travaux dont le compte rendu de Jean Faure situe le début en 1960. Plusieurs coupures avancent un investissement de 25 millions de francs de l’époque.

Dans son discours d’inauguration, rapporté par Le Provençal, Henri Duffaut défend trois objectifs : faire vivre le monument, améliorer l’accueil dans la ville et développer l’économie touristique.

Il aborde aussi la critique que peut susciter le projet : « Bien sûr, on peut nous faire un reproche. Celui d’avoir effectué des dépenses de prestige. » Le maire assume néanmoins cette réalisation au nom des responsabilités de la municipalité et de la sauvegarde du patrimoine.

Le même article rapporte qu’il souligne la participation de quinze entreprises avignonnaises parmi les vingt employées aux travaux. L’argument économique concerne donc à la fois le chantier et les visiteurs professionnels attendus.

Ces déclarations éclairent la manière dont le projet était défendu : la restauration du Palais et son exploitation devaient se soutenir mutuellement. L’activité de congrès offrait une perspective d’utilisation aux espaces restaurés, tandis que le monument donnait à Avignon un cadre singulier pour accueillir ses visiteurs.

Centre des Congrès aujourd'hui
Centre des Congrès aujourd'hui

À la Balance, une transformation urbaine aux conséquences sociales

Le centre des congrès ne constitue pas une opération isolée. Il s’inscrit dans une réorganisation plus large des abords du Palais, avec le parking souterrain, l’aménagement du Petit Palais en musée et la transformation du quartier de la Balance.

Lors de sa conférence, Corinne Langlois résume ce changement d’échelle : « On arrête de ne penser que le monument, on pense la ville et la ville ancienne. » Il s’agit d’articuler les bâtiments historiques, les accès et l’accueil des visiteurs.

Cette transformation urbaine a toutefois une histoire plus conflictuelle que ne le laissent entendre les comptes rendus enthousiastes de l’inauguration. Dans les Cahiers du LHAC, Philippe Revault revient sur les oppositions entre démolition-reconstruction et restauration à la Balance. Il décrit également les conséquences sociales des opérations, avec le départ d’habitants modestes et une modification profonde de la population du quartier.

Ces bouleversements concernent les opérations menées à la Balance et ne peuvent être attribués au seul centre des congrès. Ils rappellent néanmoins le contexte dans lequel celui-ci prend place : une période où Avignon réorganise une partie de sa ville ancienne autour du patrimoine et du tourisme.

Centre des Congrès aujourd'hui, Photo 2
Centre des Congrès aujourd'hui

Aujourd’hui, des retombées estimées à 21 millions d’euros par an

Selon les chiffres communiqués par Avignon Tourisme, le centre accueille aujourd’hui plus de 230 événements professionnels et environ 38 000 congressistes chaque année. Les retombées économiques annoncées pour la destination atteignent 21 millions d’euros par an.

Ce montant correspond à une estimation des effets de cette activité sur l’économie locale, notamment les hébergements, la restauration et les prestations liées aux événements. Il ne désigne pas le chiffre d’affaires du seul centre des congrès.

Lors de la soirée anniversaire, les responsables d’Avignon Tourisme ont insisté sur la complémentarité entre les visiteurs de loisirs et les participants aux rencontres professionnelles. Ces derniers contribuent notamment à l’activité en semaine et sur des périodes différentes de celles des séjours touristiques.

Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, Corinne Langlois rappelle que faire vivre le Palais participe aussi à la recherche d’un équilibre économique permettant son entretien. Les dimensions du monument donnent aux travaux une ampleur particulière : elle cite les quelque 800 m² de toiture de la Grande Chapelle pour en donner la mesure.

Cinquante ans après son aménagement, le centre conserve cette double fonction : accueillir des rencontres professionnelles et maintenir en activité une partie du Palais. À l’origine du projet, Avignon cherchait des salles pour les congrès qu’elle devait refuser. Elle les a aménagées dans deux ailes de son monument le plus emblématique, donnant à leur restauration un usage durable.

Palais des Papes de nuit
Palais des Papes de nuit

Cet article s’appuie sur des archives de presse consultées par Avignon et Moi à la bibliothèque Ceccano : les comptes rendus de Gérard Perrin dans Le Provençal, aujourd’hui La Provence, de Jean Faure dans Le Dauphiné libéré, et un article non signé de La Marseillaise. Il mobilise également une archive du Monde, une contribution de Philippe Revault aux Cahiers du LHAC, les informations d’Avignon Tourisme, la conférence anniversaire et notre entretien avec Corinne Langlois, conservatrice du Palais des Papes.

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Article de : Jérôme Chaudier

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