Louise Cara : à Avignon, un dialogue d’encre entre le Ventoux et le Fuji aux Célestins
Le dialogue entre les cultures prend parfois la forme d'une ligne de crête. Pour sa nouvelle exposition printanière, Louise Cara a choisi d'investir l'église des Célestins, place des Corps-Saints, un lieu dont la verticalité répond à son travail sur l'élévation. L'artiste avignonnaise, installée au pied du Palais des Papes depuis plus de vingt-cinq ans, y confronte deux géants géographiques : le mont Ventoux, qu'elle côtoie quotidiennement, et le mont Fuji, qu'elle a longuement étudié lors d'un récent voyage au Japon.
Une convergence esthétique et spirituelle
Pour Louise Cara, le rapprochement entre ces deux montagnes ne relève pas de la coïncidence géographique, mais d'une parenté de sens. « C'est le face-à-face de deux monts qui, à l'origine, n'ont pas forcément grand-chose à voir, mais qui font sens dans ma culture artistique », explique-t-elle. Si le Ventoux est son ancrage territorial, le mont Fuji représente l'aboutissement d'une recherche sur l'encre.
Cette fascination pour les sommets s'inscrit également dans une tradition littéraire et philosophique. L'artiste invoque la figure de Pétrarque, premier alpiniste de l'esprit, qui gravit le Ventoux en 1336. « Cet effort conduit à une forme d'élévation spirituelle qu'il appelait béatitude. Il y a cette alchimie déclenchée par ces montagnes », précise l'artiste. En écho, le Fuji incarne pour elle une poétique de l'insaisissable, souvent drapé dans une brume qui invite au « non-dévoilement ».
La maîtrise de l'encre et du geste
L'exposition se distingue par l'utilisation rigoureuse de techniques ancestrales japonaises. Louise Cara travaille sur des formats imposants atteignant 2,15 mètres. Sa palette est volontairement restreinte, composée de noir, de blanc, de sépia et de gris ardoise, afin de privilégier l'économie de moyens pour atteindre l'essentiel.
Le processus de création diffère selon le sujet traité. Pour le mont Ventoux, l'artiste privilégie la force du trait à l'aide d'une large spatule de 26 centimètres. Pour le mont Fuji, elle utilise des pinceaux de marouflage rapportés de Tokyo, permettant une gestuelle plus fluide. « Nous, les peintres, sommes extrêmement contingents des outils que nous utilisons. L'outil génère des effets différents », explique-t-elle. Cette approche technique permet de traduire aussi bien la minéralité provençale que la poésie vaporeuse des paysages nippons.
Au-delà de la performance picturale, l'exposition porte un message de préservation. En mettant en lumière ces sites protégés par l'Unesco, l'artiste rappelle la préciosité de la biosphère. « Cette nature, on doit impérativement la protéger. C'est exceptionnel de pouvoir bénéficier de ce qu'elle nous offre », confie-t-elle. Fidèle à sa volonté d'ouverture, Louise Cara invite ponctuellement d'autres disciplines, comme la danse ou la poésie, à dialoguer avec ses toiles, transformant l'église des Célestins en un espace de résonance universelle.
Les 15 & 16 mai de 18 H 30 à 21H30 : « Le Voyage de l’âme » avec JULIE BOURICHE, danse derviche accompagnée du musicien FARSHAD SOLTANI et de la chanteuse AVA SOLTANI – Danse tournoyante, musique persane, chants et poèmes de Sagesse du mystique soufi Rûmi.
Pour le finisssage, le 26 mai à 18 H 30 : « Quand les montagnes passent comme des nuages » avec KARIMA BERGER, essayiste et romancière, auteure de Hégires (éditions Actes Sud), de Les Gardiennes du secret, de Abd de Kader - l’Arabe des Lumières (Albin Michel éditeur) Son texte écrit pour l’exposition de Louise Cara résonnera en lecture accompagné du musicien FARSHAD SOLTANI.
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