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Échappées Belles à Avignon : ce que l’émission de France 5 a oublié de raconter

Jérôme Chaudier · 12 Mai 2026 à 11h25

ANALYSE. Diffusé le 2 mai 2026 sur France 5, le magazine « Échappées Belles » a proposé une immersion dans la cité des papes. Si l'émission réussit ses séquences sur la vie locale et la création, elle interroge par son manque de rigueur géographique et ses impasses sur le patrimoine majeur de la ville.

Rédacteur en chef et président
Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique. Engagé auprès des artistes et du territoire, il défend une information libre, exigeante et proche des habitants comme des visiteurs.
Échappées Belles à Avignon : ce que l’émission de France 5 a oublié de raconter

Pour Avignon, une émission comme « Échappées Belles » constitue toujours une exposition médiatique importante. Samedi 2 mai, Sophie Jovillard a emmené les téléspectateurs dans un numéro intitulé « Un week-end en Avignon ». Si l’esthétique reste fidèle aux standards de qualité de la chaîne, le résultat final laisse un sentiment de décalage pour qui connaît la densité réelle de la cité.

Une géographie dilatée : 44 minutes pour le Grand Avignon

Le constat comptable est le premier indicateur de ce déséquilibre. Sur les 87 minutes que dure le programme, seules 44 minutes (montre en main) sont réellement consacrées au territoire du Grand Avignon. Le reste de l'émission s'évade largement vers des destinations parfois éloignées du sujet annoncé.

Le téléspectateur a ainsi été conduit à l'Isle-sur-la-Sorgue, dans la plaine de la Crau, à Bonnieux, Roussillon, Cadenet, ou encore dans les massifs des Alpilles et du Luberon. Plus surprenant encore, une séquence importante a été tournée à Barbentane. Si ce village des Bouches-du-Rhône appartient au bassin de vie avignonnais, il se situe administrativement hors du Grand Avignon, puisqu'il est rattaché à la communauté d'agglomération Terre de Provence.

Les réussites : l'âme des Halles et l'excellence de la formation

Tout n'est pas qu'omission dans ce portrait. L'émission brille lorsqu'elle s'immerge dans le quotidien des Avignonnais. La séquence aux Halles d'Avignon est une réussite car elle capte l'effervescence de ce temple de la gastronomie et la convivialité des artisans.

De même, le passage consacré à l'École hôtelière d'Avignon souligne avec justesse le rôle de la ville comme pôle d'excellence et de transmission. Ces moments, complétés par la présence visuelle de la compagnie de marionnettes Deraïdenz, montrent une cité vivante, créative et tournée vers l'avenir.

L’impasse du patrimoine intérieur et quelques imprécisions de récit

C'est sur le plan culturel et historique que le manque de profondeur se fait sentir. Le programme réduit souvent la cité à ses remparts de pierre, sans en franchir le seuil. Si le Palais des papes est omniprésent à l'image, ses trésors intérieurs sont absents. L’émission consacre une séquence aux Archives départementales, alors même que leur déménagement vers Memento était engagé au moment du tournage, en octobre 2025. Le programme l’évoque brièvement, sans réellement faire de cette transition majeure un sujet, ni ouvrir davantage les portes des salles du palais.

Plus flagrant encore, les institutions muséales de la ville sont les grandes oubliées de ce week-end :

Le musée Calvet, institution de référence, n'est pas cité.

Le musée du Petit Palais, situé dans le périmètre du centre historique inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et riche d’une remarquable collection de primitifs italiens, reste dans l’ombre.

Le musée Angladon et le patrimoine singulier des bains Pommer sont également absents.

Le pont Saint-Bénezet est survolé sans que sa légende, celle du petit berger, ne soit racontée. Même constat de l'autre côté du Rhône, à Villeneuve-lez-Avignon. Si l'abbaye et le fort Saint-André sont bien présents, l'omission de la Chartreuse du Val de Bénédiction et du musée Pierre-de-Luxembourg, qui abrite le chef-d’œuvre d’Enguerrand Quarton, « Le Couronnement de la Vierge », prive le public d'une part essentielle de l'histoire locale.

Par ailleurs, sollicité par notre rédaction pour vérifier ces éléments, Vincent des Noctambules d’Avignon, guide-conférencier dans le Grand Avignon, a relevé plusieurs imprécisions techniques dans le documentaire.

« Concernant le fort Saint-André, à Villeneuve-lez-Avignon, le reportage mentionne une superficie de 2 hectares, alors que l'enceinte s'étend en réalité sur 5,7 hectares. De même, son édification remonte au XIVe siècle et non au XIIIe siècle comme indiqué à l'antenne». En clôture de nos échanges, il nous rappelait d'ailleurs que « le territoire possède de vrais professionnels spécialistes de l’histoire et du patrimoine ».

Un rappel des frontières administratives et historiques

Il semble utile de rappeler ce qu'est, administrativement, le Grand Avignon. Cette communauté d'agglomération regroupe 16 communes réparties sur deux départements (Vaucluse et Gard). En laissant de côté plusieurs communes structurantes de l’intercommunalité au profit d’images plus attendues du Luberon, l’émission passe à côté d’une partie de la cohérence territoriale du Grand Avignon :

Rochefort-du-Gard : son sanctuaire Notre-Dame de Grâce, suspendu entre nature et dévotion, et son église fortifiée qui contrôle la plaine.

Vedène : son église paroissiale, dont le plan en forme de croix grecque est unique en France et abrite des peintures d'exception.

Roquemaure : ancien péage historique majeur sur le Rhône, célèbre pour ses reliques de saint Valentin et sa tour carrée dominant un rocher grignoté par les révolutionnaires.

Les Angles : son vieux village qui offre un patrimoine préservé au sommet d'un belvédère naturel.

Enfin, Caumont-sur-Durance aurait pu offrir une séquence narrative forte grâce à l'incroyable destin de Jean Althen. Cet exilé arménien, qui a introduit la culture de la garance dans le Comtat Venaissin, a trouvé refuge sur les terres du marquis de Caumont pour y créer la première garancière de Provence. Relier cette épopée de « l'or rouge » au patrimoine actuel aurait permis de montrer un territoire capable de grandes révolutions agricoles et industrielles. En laissant de côté plusieurs communes structurantes de l’intercommunalité au profit d’images plus attendues du Luberon ou des Alpilles, l’émission donne une lecture plus provençale qu’avignonnaise du week-end annoncé.

Ce numéro d’« Échappées Belles » offre une vitrine esthétique indéniable et valorise plusieurs beaux visages de la cité. Mais pour le spectateur attaché à la précision territoriale, il laisse aussi un sentiment d’inachevé : celui d’un portrait séduisant, parfois trop élargi, qui effleure plusieurs dimensions majeures du patrimoine avignonnais et du Grand Avignon.

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Article de : Jérôme Chaudier
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