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Critique Film

Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli : notre avis

Jérôme Chaudier · 16 Avril 2026 à 0h19 ·
Avec une fresque monumentale de 3h19, le réalisateur d’« Illusions Perdues » s’attaque au tabou de la Collaboration à travers la figure de Jean Luchaire. Patron de presse influent et visage de l’intelligentsia parisienne ralliée à l’occupant, Luchaire incarna la compromission absolue au nom d’un pacifisme dévoyé. Proche de l’ambassadeur Otto Abetz, il présida la corporation de la presse collaborationniste avant d’être fusillé à la Libération. Xavier Giannoli signe ici un thriller psychologique étouffant, où la lumière éclatante des salons parisiens ne sert qu’à masquer l’abîme d’une défaillance morale sans retour.
Rédacteur en chef et président
Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.
Les Rayons et les Ombres
Notre note
5/5
TypeFilm
DeXavier Giannoli

Il est des films qui agissent comme des séismes, bousculant les certitudes d’un imaginaire collectif souvent trop enclin à ne retenir de l’Histoire que ses éclats héroïques. En s’emparant de la trajectoire de Jean Luchaire, patron de la presse collaborationniste, Xavier Giannoli ne signe pas seulement un film historique. Il réalise une autopsie clinique de la trahison. Vingt ans après la puissance de La Chute (2004) d’Oliver Hirschbiegel, le cinéma retrouve cette capacité à filmer le mal non comme une entité abstraite, mais comme un glissement lent, abject et terriblement humain.

​Le charme au service de l’abîme

Au centre de cette spirale, Jean Dujardin livre une performance qui fera date. L’acteur utilise ici son arme la plus redoutable, son immense capital de sympathie et son charme solaire, pour le mettre au service d’un personnage qui s’enfonce dans l’indéfendable. Son Luchaire n’est pas un monstre vociférant. C’est un homme de réseaux, un séducteur qui croit pouvoir négocier avec le diable par idéalisme pacifiste avant de devenir l’un des rouages les plus zélés de la machine nazie. Voir ce charme se corrompre au fil des minutes crée un malaise profond, une tension psychologique qui porte le film de bout en bout.

​À ses côtés, la révélation Nastya Golubeva est foudroyante. Sous les traits de Corinne Luchaire, égérie du Paris de l’Occupation, elle incarne une jeunesse aveuglée par le luxe et le vertige de la célébrité. Sa performance est d’une justesse incroyable, elle souligne l’effroyable légèreté de ceux qui ont préféré les paillettes des réceptions de l’ambassade d’Allemagne au sang qui coulait dans les caves de la Gestapo.

Une métaphore organique du mal

Giannoli fait un choix de mise en scène audacieux, celui de la maladie. La tuberculose, qui ronge les poumons de Corinne, s’invite dans le récit comme un personnage à part entière. On assiste à une étrange corrélation : plus les personnages s’enfoncent dans la collaboration, plus le mal progresse.

Cette décomposition des corps devient le miroir d’une agonie morale. Le film pose alors une question vertigineuse. Est-ce parce qu’ils se savent condamnés qu’ils choisissent le néant, ou est-ce leur trahison qui les étouffe de l’intérieur ?

​Le face-à-face avec Otto Abetz, incarné par un August Diehl impérial de cynisme, achève de dessiner les contours de ce piège. Abetz, le diplomate mélomane et francophile, manipule Luchaire avec une aisance de marionnettiste, transformant le pacifisme du Français en un instrument de propagande barbare.

Le devoir de regarder l’ombre

​D’une durée de 3h19, le film prend le temps nécessaire pour installer ce sentiment d’enfermement. On a souvent reproché à l’histoire d’avoir oublié ses résistantes ou d’avoir sanctuarisé une certaine image de l’Occupation. Giannoli, lui, a le culot de nous placer du côté de ceux qui ont failli.

Certes, nous connaissons la fin, le poteau d’exécution pour le père et l’opprobre pour la fille. Mais la finalité importe peu. Ce qui fascine et effraie, c’est cette capacité humaine à porter des œillères, à jouir d’une lumière factice tout en étant les architectes des plus grands crimes de l’histoire. Les Rayons et les Ombres est une œuvre nécessaire, un rappel brutal que la lucidité, au moment où le monde bascule, reste le plus difficile des combats.

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Critique rédigée par : Jérôme Chaudier
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