Seulement 7 % de médaillées : le lourd silence des résistantes du Vaucluse
Le mercredi 25 mars 2026, le cadre solennel de l’Hôtel de Sade a servi de tribune à une réflexion nécessaire sur la place des femmes dans la lutte contre l’occupant. Si la figure du « maquisard » en armes domine encore l’imaginaire collectif, les recherches présentées par les Archives départementales et le Musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 dessinent une réalité bien plus nuancée, où l'ombre fut aussi efficace que la lumière.
Un déficit de reconnaissance institutionnelle
L’historien Philippe Laborie a ouvert les débats par une statistique révélatrice : en Vaucluse, sur 255 récipiendaires de la Médaille de la Résistance, seules 18 sont des femmes. Ce chiffre, qui représente à peine 7 % du corpus, ne traduit pas une absence d'engagement, mais une reconnaissance tardive et sélective. « Les femmes ont pourtant joué un rôle essentiel : agents de liaison, convoyeuses, hébergeuses ou responsables de réseaux », a rappelé l'historien.
Parmi elles, la figure de Madeleine Crozet, torturée par Klaus Barbie, incarne cette résistance de l'ombre dont les actes « remarquables » n'ont souvent été homologués que bien après la Libération. Ce silence s'explique aussi par une vision masculine de l'héroïsme, centrée sur le sabotage et les combats de rue, au détriment du renseignement et de la logistique civile.
Le cas Komornicka : une résistance en famille
L’intervention de Marilyne Andreo s’est concentrée sur la figure d'Yvonne de Komornicka, alias « Capitaine Kléber ». Arrivée à Avignon en 1941, cette assistante sociale à la mairie a dirigé le mouvement Combat pour le département. Son parcours illustre la spécificité de l'engagement féminin, souvent mêlé à la cellule familiale. Ses trois filles, encore mineures, assuraient des missions de secrétariat et de liaison.
« C'était une femme de caractère qui arrivait dans un monde d'hommes », a souligné Marilyne Andreo. L'autorité naturelle de la « Capitaine Kléber » et son sens de l'organisation ont permis de structurer les services sociaux et les parachutages en zone R2 (PACA), prouvant que la direction politique de la Résistance n'était pas l'apanage des hommes.
Recenser pour incarner l'histoire
Franck Tison, directeur départemental de l’Office national des combattants et victimes de guerre (ONACVG), a présenté un projet de recensement de grande ampleur visant à identifier toutes les résistantes ayant opéré en Vaucluse ou originaires du département. Ce travail s'appuie sur des dossiers souvent délaissés, comme ceux des cartes de volontaires de la Résistance.
Certains parcours redécouverts surprennent par leur modernité. Adrienne Naquet, industrielle à Carpentras, sabotait les livraisons destinées aux Allemands avant de devenir, après-guerre, une pionnière du planning familial. Pour Franck Tison, il s'agit d'incarner l'histoire pour les jeunes générations : « Il faut se prémunir du "surpeint" historique tout en étant au plus près de la réalité des actes de chacune. »
La fin du silence mémoriel
Enfin, Sylvie Orsoni a questionné les raisons de cette invisibilité prolongée. À la Libération, la société française, portée par un discours nataliste et une structure patriarcale, a rapidement renvoyé les femmes à la sphère domestique. « Pour beaucoup, la parenthèse de la Résistance se refermait. Les femmes devenaient des mères, des épouses, et la vie était difficile », explique-t-elle.
Ce n'est qu'à partir des années 1970, sous l'influence des mouvements féministes, que l'historiographie a commencé à considérer le genre comme un outil d'analyse pertinent pour comprendre la Résistance. La conférence de l'Hôtel de Sade marque ainsi une étape supplémentaire vers une mémoire partagée et exhaustive, où le rôle des femmes n'est plus perçu comme une exception, mais comme une composante structurelle de la Libération.
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