🔦 En lumière
Critique Théâtre
Les gestes d'après de Coralie Emilion-Languille : notre avis
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« Les Gestes d’après » est une pièce de théâtre adaptée du livre autobiographique de Coralie Emilion-Languille. L’autrice a choisi d’interpréter elle-même son propre rôle, avec sincérité et sans artifices. Sur scène, l’art devient ici un exutoire, un espace où déposer la douleur, mais aussi la transformer. Coralie y évoque les faits d’inceste qu’elle a vécus, les combats qui ont suivi, et cette vie de femme qui a peu à peu repris sa place. Pourtant, l’inceste n’est pas le centre de gravité du spectacle. Ce qui se joue devant nous, c’est surtout la première étape d’une reconstruction, celle qui lui permet de dire haut et fort : « Je ne suis plus une pleureuse, je suis heureuse ! »
Co-fondatrice, rédactrice et photographe
Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits.
Lorsque nous entrons dans la salle de théâtre de l’Artéphile, la comédienne nous attend déjà dans la pénombre, assise sur un tabouret, vêtue de noir. Au centre de la scène, un monticule de copeaux de bois jonche le sol. Au-dessus, une composition florale suspendue attire le regard. La nature est omniprésente : dans les éléments du décor, dans la bande sonore faite de pépiements d’oiseaux et de bruits de forêt, mais aussi dans la lumière tamisée qui donne doucement vie à ce seul-en-scène. Elle se retrouve également dans les mots de Coralie. À travers les métaphores et les images végétales, elle semble chercher à se raccrocher à la terre, aux racines, à ce qui permet de tenir debout. Elle joue avec les mots de manière mélodique et poétique.
Le spectacle affirme une victoire personnelle. La comédienne a vaincu ses démons, et surtout l’emprise de son agresseur, qui n’a plus de place dans sa vie : « Je ne suis plus sa fille de joie », « je n’ai plus honte et ça, personne ne me le prendra » Elle goûte à une liberté nouvelle, à la possibilité de vivre et de ressentir à nouveau les choses simples : l’amour, le désir, les caresses, le contact avec l’autre. Pour exprimer ce retour à l’essentiel, Coralie étale les copeaux de bois au sol, s’y allonge, s’en imprègne, joue avec eux, les déplace comme des vagues. Plus tard, elle décroche la suspension florale et l’intègre à son mouvement. Ce bonheur retrouvé apparaît jusque dans ses aquarelles, où de nouvelles couleurs prennent vie, comme le signe visible d’un véritable changement intérieur : « Je ne suis plus une victime, je suis une femme heureuse. »
« Les gestes d’après » est une ode à la vie, à la reconstruction et à cette force qui permet de se tenir debout malgré les épreuves. Comme le dit Coralie elle-même, il faut savoir « se mettre du côté de la vie et jouir, même quand on a encore un peu peur ». Dans une actualité où les faits d’inceste ou d’agressions sexuelles ne cessent et où la parole continue de se libérer, ce spectacle résonne avec une force particulière. N’y allez pas en pensant voir une pièce sur l’inceste, mais plutôt le récit d’une victoire de la vie sur le mal, du présent sur le passé.
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