Accusations publiques et divisions internes : l'opposition avignonnaise à l'épreuve de la nouvelle majorité
Ouvert à 18h pour s'achever aux douze coups de minuit, le conseil municipal d’Avignon du lundi 20 avril 2026 s'est apparenté à un véritable marathon politique de six heures. Cette séance fleuve a entériné une rupture franche dans la gouvernance de la cité papale. Entre l'éviction systématique de l'opposition des instances satellites, une joute verbale musclée sur le Festival d'Avignon et des accusations graves visant un adjoint, les débats ont illustré un climat de confrontation totale. Le maire, Olivier Galzi, a imposé une ligne pragmatique et sans concession face à une minorité dénonçant un recul démocratique historique.
Un retour aux traditions et les premières crispations
Dès l'ouverture de la séance, le décor était planté. Le maire Olivier Galzi a justifié la tenue du conseil dans la salle historique de l'hôtel de ville, invoquant un attachement aux "traditions politiques" et un impératif de "bon sens" financier pour éviter les frais d'aménagement de la salle des fêtes. Une salle annexe équipée d'écrans a été ouverte pour pallier la jauge réduite.
Une décision immédiatement fustigée par l'opposition. David Fournier, conseiller municipal et communautaire, a rappelé que l'ancienne majorité avait délocalisé les séances pour offrir plus d'espace aux élus et permettre d'accueillir "l'ensemble des citoyens qui le souhaitaient".
Gouvernance des sociétés satellites : l'opposition mise à l'écart
Le véritable point de rupture de la soirée s'est cristallisé autour de la délibération numéro 4, portant sur la désignation des élus au sein des Sociétés d'économie mixte (SEM) et des Sociétés publiques locales (SPL), telles que le marché d'intérêt national (MIN), Citadis ou Avignon Tourisme. Appliquant un scrutin majoritaire, la nouvelle équipe dirigeante s'est octroyé la totalité des sièges, refusant d'appliquer la règle de la proportionnelle en vigueur lors des deux mandats précédents.
L'indignation de la minorité a été immédiate. Dans un communiqué de presse, le groupe de David Fournier a dénoncé un "scandale", pointant la fin d'une "bienséance" instaurée par tous les maires précédents, d'Henri Duffaut à Cécile Helle. L'élu y fustige un "petit cheffaillon" et s'inquiète publiquement d'une "vente d’organismes de la ville en préparation" dans la plus grande "opacité". En séance, son collègue Fabrice Tocabens a dénoncé une logique "illibérale" où le "fait majoritaire écrase la minorité".
Face à ces tirs groupés, Olivier Galzi a assumé une approche pragmatique et légaliste. Affirmant que "la démocratie, c'est le respect des lois", le premier magistrat a fait valoir une réalité arithmétique : quand bien même l'opposition siégerait dans ces instances, le bloc majoritaire emporterait inévitablement les décisions en commission.
Batailles de procédure et passes d'armes écologiques
En guise de protestation contre cette marginalisation, l'opposition a exigé de procéder par vote à bulletin secret (avec passage de l'urne) pour la majorité des désignations, allongeant considérablement la durée des débats.
Ces longues procédures ont donné lieu à des joutes verbales inattendues. Mouloud Rezouali (opposition) s'est offusqué de la présence de nombreuses bouteilles en plastique sur les tables, chiffrant l'impact carbone et rappelant que l'ancienne majorité utilisait des carafes. Le maire a concédé ce point, annonçant le retour à l'eau du robinet, mais n'a pas manqué d'ironiser en retour sur les arbres abattus pour fournir les enveloppes papiers réclamés par l'opposition pour chaque scrutin.
Culture et cause palestinienne : la polémique s'invite au conseil
Le conseil a pris une dimension idéologique nationale lorsque Mathilde Louvain (La Nouvelle Avignon Populaire) a interpellé le maire sur ses déclarations tenues quelques jours plus tôt sur France Inter. L'élue l'a accusé d'avoir menti concernant ses échanges avec Tiago Rodrigues et d'être "choqué" par la présence marquée de la cause palestinienne au Festival d'Avignon 2025. Soutenant que "la solidarité ne divise pas, elle rassemble", elle a invoqué l'héritage de Jean Vilar et la "liberté de création".
Olivier Galzi a fermement répliqué. S'il reconnaît que "l'art est par essence et par définition politique", il a condamné l'utilisation de la vitrine du festival pour "une cause en particulier et une seule". Revendiquant à son tour l'héritage du créateur du festival, le maire a rappelé que Jean Vilar s'opposait jadis à Jean-Paul Sartre, lui reprochant de faire "de la politique politicienne". "Moi, je veux un théâtre populaire", a conclu l'édile. C'est au cœur de cet échange que le maire a porté une estocade politique en utilisant la démission récente de Zinèbe Haddaoui, ancienne membre du groupe de Mme Louvain. Il a cité publiquement les motifs de son départ, fustigeant des « stratégies de couloir » et des « ambitions personnelles » au sein de sa formation d'origine, renvoyant ainsi l'opposition à ses propres divisions internes.
Tensions RH et menaces judiciaires au pôle propreté
Le climat, déjà électrique, s'est transformé en crise ouverte lorsque Marianne Bertrand a lu un message publié sur un réseau social. Ce texte accusait nommément Michel Adam, actuel adjoint au maire délégué à la propreté (et ancien directeur du pôle cadre de vie), de méthodes de management brutales, d'avoir laissé des locaux "infestés de rats", et suggérait des conflits d'intérêts et des connivences avec la société privée "Elite" (anciennement Excellence propreté).
La réaction du maire a été cinglante. Jugeant ces propos "diffamatoires, haineux et mensongers", Olivier Galzi a accusé l'élue d'avoir transformé "une injure en un propos public". Dans la foulée, il a interrogé son adjoint, lui octroyant immédiatement la protection fonctionnelle de la ville afin qu'il puisse engager des poursuites judiciaires.
Éducation et estocade politique finale
La séance s'est achevée sur l'examen de la carte scolaire du Vaucluse, marquée par l'annonce de 46 fermetures de classes, dont 11 à Avignon. Répondant à l'inquiétude d'Oukacha Rtili, l'adjoint Laurent Rochut a refusé tout discours "alarmiste", pointant une baisse démographique structurelle de 571 élèves depuis la rentrée 2020. L'exécutif a néanmoins promis de défendre avec fermeté les dossiers où les fermetures imposeraient des classes à double ou triple niveau.
Ce marathon budgétaire et politique s'est achevé à minuit, laissant apparaître une majorité déterminée à imprimer sa marque sans concession sur la ville, face à une opposition qui, malgré ses protestations, demeure fracturée.
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