Critique Théâtre

Pays Bonheur de Emmanuel DARLEY et Thierry DE PINA : notre avis

Par Brigitte Corrigou · 12 Juin 2026 à 18h07
Pays Bonheur

Quand le minimum atteint le maximum. C’est ce que parvient à faire avec brio Thierry DE PINA à travers sa magistrale adaptation du roman d’Emmanuel DARLEY , " Le Bonheur ". Cette fois-ci, il s’agit d’une grande fresque narrative retraçant la thématique des migrants, de l’exclusion et de la violence intrinsèque que tous les hommes, toutes les femmes et tous les enfants traversent au cours de leur périple bien souvent interminable. Thierry DE PINA, nous l’avions déjà applaudi lors de son seul-en-scène "Mardi à Monoprix ", toujours en adaptation d’’Emmanuel DARLEY ainsi qu’à l’occasion de son interprétation dans " Qui va là ".

Il a fui son pays. Son terrible voyage, il nous le raconte, lui qui en est arrivé au bout. Mais, ici, la terre tant convoitée, le pays bonheur comme ils disent, se révèle sous son vrai jour, celui de la misère morale et matérielle. Il faut faire le ménage dans les hôtels, travailler sur les chantiers, vivre dans des immeubles délabrés.

Et envoyer de l’argent au pays, coûte que coûte, même si la famille vous oublie parfois.

Thierry DE PINA est littéralement éblouissant dans cette adaptation de l’écrivain malheureusement disparu trop tôt. Il préserve de façon magistrale la voix de DARLEY, sobre et hautement efficace, d’une grande discrétion et dignité. C’est vertigineusement élégant et captivant. Ne doutons pas un seul instant que l’auteur serait fier et admiratif devant la prestation du comédien.

Sa voix, son corps, sa geste artistique d’incarnation sont bouleversants. Jusqu’à la mise en scène et l’espace scénique qui deviennent de véritables acteurs dramaturgiques au sens propre : quatre simples chaises noires campent tour à tour une frontière, un bus vers le bonheur tant attendu, un chantier ou encore la cale d’un cargo.

Sobrement vêtu d’un simple tee-shirt et d’un pantalon noirs, pieds nus, Thierry DE PINA excelle sans son jeu en ancrant son propos dans la réalité âpre et anxiogène. Les spectateurs sont entraînés dans ce voyage mental comme en 3D, le tout étant sublimé par les lumières de Nicolas THIBAULT et la musique d’Hicham CHAHIBI.

Dans le Off d’Avignon, Emmanuel DARLEY, dans l’ombre de Thierry DE PINA, éveille les consciences avec justesse et grande sobriété. Incarnant plusieurs personnages, le comédien emporte littéralement le public qui à aucun moment ne décroche .

C’est puissant et poignant à de nombreux moments.

Comme disait Valère NOVARINA " le langage est le combustible du comédien ". De toute évidence, Thierry DE PINA en a eu écho lui qui sublime littéralement le texte de DARLEY.

Puisse cette force du langage désembrumer les consciences autour de l’émigration sous ce nouveau off du soleil d’Avignon, et faire en sorte que la noirceur s’ estompe un temps soit peu. Ou du moins s’entende davantage.

Affiche
🎭 Festival OFF 2026 · Seul·e en scène

📍 La Scala Provence
🕘 15:00
📅 Du 4 juil. au 25 juil. (20 représentations)
⏱️ 1h10
👥 12+
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Critique rédigée par Brigitte Corrigou
12 Juin 2026 à 18h07

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