Critique Théâtre

​« Derniers Jugements » : l'implacable échiquier métaphysique de Thierry Desouche et Grégoire Aubert

Par Jérôme Chaudier · 16 Juin 2026 à 10h42
Derniers Jugements

​Avec « Derniers Jugements », les auteurs Thierry Desouche et Grégoire Aubert signent un intense huis clos théâtral. Portée par la mise en scène de David Teysseyre, cette pièce s’impose comme un thriller psychologique majeur, une joute oratoire brillante où les certitudes de la justice humaine se fracassent contre des forces qui la dépassent.

Jérôme Chaudier

Rédacteur en chef et président

Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.

​Le rideau se lève sur une énigme. Une danseuse darde ses mouvements dans l’espace, prélude muet à l’entrée en scène d’Henri Dutertre (incarné par Gregoire Aubert). L’homme est avocat. Il est hautain, fier de sa réussite, habitué à dompter les préaux des tribunaux. Face à lui, cette femme mystérieuse (Hélène Péquin) détonne. Elle n’adopte pas les codes attendus d’une cliente, préférant opposer des questionnements philosophiques à ses certitudes de juriste.

​Le jeu du chat et de la souris s’installe, résumé par cette réplique :

​« Assumer ses désirs, ce n’est pas y céder. »

​Très vite, le cadre se fissure. Nous ne sommes manifestement pas dans un cabinet feutré pour une banale affaire de divorce. L’arrivée d’un troisième protagoniste (Yves Sauton) achève de brouiller les pistes : « À qui ne seras-tu pas étranger si tu l’es à toi-même ? » lance-t-il à un Henri Dutertre de plus en plus déstabilisé.

​La force de « Derniers Jugements » réside dans sa capacité à opérer un glissement sémantique et fantastique permanent. Ce que le spectateur prenait pour un entretien professionnel se transforme sous ses yeux en un véritable procès existentiel. Les amateurs de thrillers psychologiques à la construction millimétrée (dans la lignée de Shutter Island) y trouveront écho.

​Le texte, d’un niveau littéraire décapant, transforme le plateau en un échiquier où chaque réplique avance un pion vers une vérité de plus en plus vertigineuse.

La mise en scène de David Teysseyre accompagne cette perte de repères, enfermant peu à peu l’avocat dans un piège invisible.

​Lorsque les voiles se déchirent, la pièce déploie toute sa puissance allégorique. Le débat quitte le champ du droit pour investir celui de l’éthique entre autres. La confrontation devient frontale, le duel oratoire se muant en réquisitoire contre l’absolu.

​La distribution sert magnifiquement cette partition complexe. Le trio d’acteurs maintient une tension dramatique constante jusqu’à ce que l’échiquier se renverse définitivement. Si le dénouement s’avère brutal, il invite immédiatement à une relecture complète de l’œuvre.

« Derniers Jugements » fait partie de ces pièces aux multiples strates de lecture, que l’on se plaît à analyser de longues heures après la sortie de la salle. Une réussite théâtrale indéniable.

Affiche
🎭 Festival OFF 2026 · Théâtre

📍 Théâtre de l'Optimist
🕘 14:55
📅 Du 3 juil. au 25 juil. (23 représentations)
⏱️ 1h15
👥 10+
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Critique rédigée par Jérôme Chaudier
16 Juin 2026 à 10h42

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