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Critique Théâtre
« Un circuit ordinaire » : l’implacable autopsie de la délation totalitaire
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Dans l’intimité étouffante d’un huis clos suspendu, la pièce « Un circuit ordinaire » de Jean-Claude Carrière dissèque les mécanismes de la peur, du soupçon et du renoncement politique. À travers l’affrontement psychologique d’un commissaire (Yann Collette) et de son informateur (Stéphane Bierry), le spectacle offre une critique théâtrale d’une remarquable acuité sur l’absurdité des systèmes totalitaires.
Rédacteur en chef et président
Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.
Le décor est minimaliste, presque banal : un bar, quelque part dans la froideur bureaucratique de l’ère soviétique. Deux hommes y sont attablés sous le regard silencieux et lourd d’une étrange serveuse (Prisca Lona), présence spectrale mais importante. Le dispositif est en place. Un commissaire de police a convoqué son rapporteur (la balance), le rouage indispensable de la machine d’État. Ce qui ne devait être qu’un échange de routine, un maillon de ce « circuit ordinaire » de la délation, va rapidement s’enrayer.
Le jeu de miroirs d’une mise en scène millimétrée
L’interrogatoire initial glisse subtilement vers la confrontation, avant de muer en un affrontement psychologique féroce. La mise en scène d’Alexandre Tchobanoff se distingue par sa précision : elle joue des miroirs, au propre comme au figuré, pour renvoyer les protagonistes à leurs propres contradictions. Dans cet espace confiné, les silences et les regards portent autant que les répliques.
Le rapporteur, dont on interroge la santé mentale (est-il réellement fou ou joue-t-il la folie ?), se retranche derrière l’obéissance aveugle aux ordres. Sa posture ambiguë et déstabilisante se cristallise dans une formule :
« La vraie gloire est celle qui n’a pas de nom. »
Quand l’accusateur devient l’accusé
À mesure que les masques se font et se défont, la dynamique du pouvoir s’inverse de manière spectaculaire.
Face à la rhétorique insaisissable de son informateur, le commissaire perd pied. La certitude de l’autorité capitule devant une paranoïa rampante. L’arroseur est arrosé, l’accusateur devient l’accusé, prisonnier d’un système qu’il a lui-même contribué à ériger.
Le texte s’élève alors vers une dénonciation jubilatoire de l’absurdité totalitaire, résumée par cet échange cinglant du rapporteur :
« On ne croit que le faux... Le vrai est extraordinaire. »
Portée par un magnifique jeu d’acteurs, la pièce propose une autopsie magistrale de la délation ordinaire, démontrant avec force comment la peur finit par dévorer ceux qui l’instrumentalisent. Un thriller psychologique haletant, dont la fin résonne comme un avertissement durable sur la fragilité de nos consciences face aux structures de contrôle.
Le circuit ordinaire
Le Théâtre de Demain
« Une autopsie magistrale de la délation »
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