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Josephine Baker – Le Musical de Bobino : notre avis

5 Janvier 2026 à 13h51

Par : Thierry

Bobino accueille une Joséphine Baker résolument vivante : artiste, résistante, femme de combat. En mêlant revue, émotion et projections vidéo qui donnent corps à ses désirs, le spectacle raconte un destin accidenté et une lutte contre les discriminations jamais reléguée à l’arrière-plan. Une célébration scénique qui divertit, mais surtout qui réveille.

Josephine Baker – Le Musical Il y a des théâtres qui sont des lieux, et d’autres qui deviennent des rendez-vous. Bobino, lui, ressemble à une mémoire vivante : on y vient pour voir un spectacle, mais aussi pour retrouver une certaine idée du music-hall. Alors forcément, quand un spectacle consacré à Joséphine Baker s’y installe, quelque chose s’impose presque naturellement. Comme si cette scène devait, un jour ou l’autre, redevenir la sienne.

On pourrait croire qu’il s’agit d’un hommage de plus, d’une célébration attendue : la légende, les plumes, le rythme, l’énergie d’une époque. Pourtant, ce qui se joue ici dépasse la simple reconstitution. Le spectacle choisit de suivre Joséphine non seulement dans son éclat, mais dans ses accidents, ses fractures, ses reprises, ses combats. Et c’est là que la figure s’humanise - et qu’elle touche.

La mise en scène conserve l’élan de la revue : les tableaux s’enchaînent, le plateau vibre, le récit avance comme un tourbillon. Mais un détail retient particulièrement l’attention : les vidéos projetées, qui viennent s’insérer dans le spectacle comme des éclats de conscience. On y voit apparaître des dessins, des formes, des mouvements, quelque chose de l’ordre du désir, de l’imaginaire, parfois presque du rêve. Ce ne sont pas de simples projections décoratives : elles créent une respiration, une profondeur, comme si l’on entrait dans une zone intérieure. Joséphine Baker, tout à coup, n’est plus seulement l’artiste que l’on regarde : elle devient une présence qui pense, qui désire, qui se souvient.

Et c’est là que le spectacle devient plus fort : parce qu’il ne cherche pas à polir son histoire.

On suit une vie accidentée, une trajectoire faite d’audace et de chocs. La réussite n’apparaît jamais comme une ligne droite. Il y a des ascensions, des chutes, des retours, des moments où l’on comprend que la lumière peut aussi brûler. Cette fragilité-là n’enlève rien à la grandeur - elle la rend plus réelle. Joséphine n’est pas une statue, c’est une femme qui s’est inventée face à un monde qui ne lui donnait pas le droit d’exister librement.

Et puis il y a l’engagement, essentiel, central. Ici, la lutte contre les discriminations n’est pas un clin d’œil contemporain ajouté au récit. C’est une colonne vertébrale. Le spectacle rappelle ce que cela a signifié d’être une femme noire dans l’Amérique et l’Europe du XXᵉ siècle, ce que cela coûtait d’être regardée, désirée, exotisée, enfermée dans une image. Il montre aussi comment Joséphine Baker a refusé ce destin-là : en transformant la scène en arme douce, en utilisant sa popularité comme un levier, en choisissant la résistance, la dignité, la liberté.

Ce n’est pas un spectacle militant au sens strict, mais il est traversé par une force politique. Parce que l’histoire de Joséphine Baker, au fond, est une histoire de refus : refuser d’être réduite, refuser d’être humiliée, refuser d’être “à sa place”. Et on comprend, en la voyant, pourquoi son nom résonne encore aujourd’hui, pourquoi il ne se referme pas dans le passé.

Il y a, tout au long du spectacle, une sensation étrange : celle d’un retour.

Comme si Bobino, l’espace d’une soirée, accueillait Joséphine pour une dernière revue. Non pas une fin, mais un dernier éclat offert au présent. Une manière de dire : elle est encore là. Pas seulement dans l’histoire, pas seulement dans les livres, mais dans la vibration du plateau, dans l’énergie d’une salle, dans ce mélange de fête et de douleur qu’elle a toujours porté.

On sort avec le sentiment d’avoir vu plus qu’un hommage. D’avoir croisé un fantôme lumineux, oui - mais un fantôme qui continue de faire danser et de déranger, et c’est sans doute la plus belle manière de rester vivante.

Par : Thierry

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