Dans « Le Premier sexe ou la grande arnaque de la virilité », Mickaël Délis explore avec sincérité les injonctions qui pèsent sur la construction masculine. À travers un récit intime et incarné, il met en lumière le mécanisme commun qui nourrit misogynie et homophobie et participe, et déconstruit habilement le patriarcat ordinaire. « Le Premier Sexe » est le premier spectacle de « Trilogie du troisième type » présenté actuellement La Scala Paris.

Puisque la vérité serait un gros mot, disons-la avec mesure. “Le Premier sexe” est un spectacle solide, intelligent et sincère, qui s’inscrit pleinement dans les réflexions contemporaines sur la virilité et ses impasses. Les analyses qu’il propose ont déjà été formulées ailleurs, mais ici elles prennent chair dans un parcours personnel. Ce passage par l’intime leur donne une densité particulière et les inscrit dans une entreprise plus large : celle de déconstruire, à hauteur d’homme, les mécanismes du patriarcat.
Seul en scène, Mickaël Délis impressionne par sa maîtrise. Avec presque rien , une craie, une blouse, un tabouret, il convoque une galerie de figures : la mère dépressive et possessive, le père absent, le frère jumeau “normal”, les enseignants maladroits, les camarades prompts à moquer. À travers eux, c’est tout un système qui affleure. Non pas un patriarcat théorique, mais un patriarcat quotidien, diffus, incorporé dans les gestes, les mots, les silences.
Le spectacle met particulièrement en lumière le mécanisme commun qui relie misogynie et homophobie. La virilité dominante se construit dans le rejet du féminin : on apprend aux garçons à ne surtout pas “faire fille”, comme si le féminin était une faute ou une déchéance. La misogynie devient ainsi le socle invisible ; l’homophobie, son bras armé. Celui qui semble trop proche du féminin est rappelé à l’ordre. Cette police du genre ne protège pas seulement une norme : elle protège un système de hiérarchie, au cœur du patriarcat, où le masculin doit dominer et se distinguer.
En déconstruisant les stéréotypes de la virilité, force obligatoire, assurance permanente, hétérosexualité présumée, rejet de la sensibilité, Délis fissure cette architecture. Il montre combien ces injonctions enferment autant qu’elles privilégient, combien elles fabriquent de la honte et du silence. Sa démarche n’est pas vindicative ; elle est analytique, souvent drôle, parfois émouvante. Elle passe par le corps, par la voix, par la mise à nu.
Là où le spectacle convainc pleinement, c’est dans son incarnation. Délis ne se pose pas en donneur de leçons : il rejoue, il questionne, il doute. Son énergie et son sens du rythme créent une proximité immédiate avec le public. On ne sort pas nécessairement avec l’impression d’avoir entendu une thèse inédite, mais avec celle d’avoir vu à l’œuvre un travail honnête de déconstruction, accessible et partagé.
“Le Premier sexe” ouvre ainsi un espace : celui d’un masculin pluriel, affranchi de la peur du féminin et des réflexes patriarcaux. Une invitation à désapprendre, à se désorienter peut-être, pour mieux se reconstruire. Et c’est sans doute dans cette démarche, plus que dans l’effet de révélation, que réside sa force.
DU 19 MARS AU 14 AVRIL 2026 à La Piccola Scala (Paris) puis à La Scala Provence et été
Photo Marie Charbonnier.
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