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Critique Théâtre

Toute la mer du monde de Alexis Delmastro : notre avis

Par Brigitte Corrigou · 30 Mai 2026 à 16h23 ·
Toute la mer du monde

C’est l’histoire d’un homme, un rocker, qui revient sur scène après 10 ans d’absence. Plus il en parle de cette absence, moins il chante (Ce spectacle étant sensé être un spectacle musical). Pourtant,le public est d’emblée embarqué dans l’histoire de sa vie au parcours sinueux bien souvent tumultueux. Entre improvisations imprévues et dérapages en tout genre, Sabine, sa régisseuse-son, fait ce qu’elle peut pour le saisir au vol! Un seul-en-scène comme on les aime: déjanté mais néanmoins bouleversant.

Tout de noir vêtu, perruque décoiffée, santiags et blouson de cuir, Alexis Delmastro captive le public dès les premiers mots de cette création aux allures d’ovni. Très ancré dans la réalité, néanmoins, le comédien-compositeur parvient à faire d’une recette créative bien à lui un réel moment de spectacle philosophico-émouvant de la plus belle teneur.

"Là, vous n’avez pas vu, mais pendant que je parlais, je pensais en même temps...Parce que ça ne se voit pas quand je pense... je fais deux choses à la fois... C’est comme disent les philosophes:" penser suscite souvent l’indifférence générale".

En clair, tout le monde s’en fout quand tu penses".

Ainsi vont les mots d’Alexis Delmastro quand il resurgit de ses silences de cinq ans parce qu’il en a besoin pour continuer à penser en sourdine, et pour transmettre. C’est sa nécessité à lui pour que l’acte créatif émerge et explose comme des pop-corn savoureusement pétillants et sucrés.

Dès le début du spectacle, il prend la parole de sa voix grave et en l’espace d’une seconde, un tsunami d’émotions submerge les spectateurs en les enveloppant dans une poésie hyperréaliste mélancolique et loufoque. C’est stratosphériquement virevoltant et ce n’est pas sans rappeler parfois un Coluche, un Gainsbarre, un Stéphane De Groodt ou encore un Groucho Marx.

Mais Alexis Delmastro reste un elfe à part entière, un korrigan désarticulé qui tantôt se cache pour mieux réapparaître derrière les mots de ses maux émouvants qui prennent aux tripes. Il se cache parfois derrière un Edouard Baer, ou anonymement dans les rues, quand bien même il apprécie la lumière des projecteurs.

"Toute la mer du monde" fait partie d’un triptyque dans lequel, à chaque fois, il" fait de la réalité un théâtre à part entière".

Sa langue est à la frontière des écrivains de l’Oulipo, d’un Charles Baudelaire ou par moments des haïku japonais.

C’est beau et sombre à la fois. Les deux n’étant pas incompatibles.

La plupart de temps Alexis Delmastro fait le pitre, un pitre mélancolique et nostalgique qui nous émeut au plus haut point.

Artiste-chanteur-compositeur, c’est un écorché vif qui fait de la réalité et de ses questionnements ses certitudes. Celles, par exemple, que la vie vaut la peine d’être vécue, que la contemplation de monde est plus que nécessaire, voire indispensable, et que l’Amour est le maître du monde.

Posez-vous vite sur les ailes de l’Albatros pour décoller vers un ailleurs déjanté qui vous ravira à coup sûr, entre rire et larmes.

Une gigantesque salve d’air qui vous réconciliera avec la Vie et tout ce qu’il y a autour.

Théâtre de l’Albatros

Rue des Teinturiers

Du 3 au 25 juillet 2026

  • Off d’Avignon
Réservations 04 90 86 11 33

Tous les jours à 20H30

  • Relâches le jeudi.
Seul-en-scène musical.

Tout public

Notre note
5/5
✍️
Critique rédigée par Brigitte Corrigou
30 Mai 2026 à 16h23

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