Mathilde Pallon - Co-fondatrice, rédactrice et photographe
Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits. Mon objectif : offrir un regard neuf sur mes sujets et partager le plaisir de la découverte d'une manière qui vous captive.
Ce mercredi 25 mars était jouée au Théâtre du Verbe Fou la célèbre comédie de Molière, Les Précieuses ridicules. Dans cette histoire de l’arroseur arrosé, le célèbre dramaturge explore une fois de plus comment se moquer de l’autre et de la société en donnant une leçon de vie ou de morale. En un seul acte au rythme effréné, Molière livre une brillante critique de la superficialité et du snobisme intellectuel. La force de la pièce réside dans sa mécanique comique redoutable : le contraste entre l’arrogance des jeunes bourgeoises et la bouffonnerie jubilatoire des valets crée une dynamique théâtrale parfaite.

Mais de quoi parle la pièce, déjà ? Revenons en quelques lignes sur son contenu, qui s’ouvre sur deux gentilshommes qui ont été éconduits par deux demoiselles fraîchement arrivées de province et qui se prennent déjà pour de grandes dames. Dans le but de se venger, les deux nobles fomentent un plan amusant : envoyer leurs propres laquais séduire les deux pimbêches, en endossant titre et costume de leur maître. L’oncle et père, qui a la charge de ces deux filles, essaye en vain de leur trouver un mari, mais celles-ci en ont décidé autrement. Elles rêvent qu’on les courtise, qu’on les séduise, qu’on prenne des gants, qu’on prenne le temps de les promener dans les jardins... Attention, ce ne sont pas de vulgaires marchandises, ou alors de précieuses marchandises !
L’oncle dépassé décide de leur poser un ultimatum : soit elles acceptent le mariage, soit elles partent au couvent. C’est à ce moment-là qu’un marquis fait son entrée, rejoint plus tard par un ami, un fameux vicomte (vous l’aurez compris, les deux laquais déguisés). Ces deux oiseaux s’amusent à les séduire, se vantent d’exploits mondains, chantent faux et récitent des poèmes plus ridicules les uns que les autres. Sur la même longueur d’onde, les quatre personnages s’entendent comme larrons en foire !
Le dénouement arrive lorsque les deux vrais maîtres font leur apparition et rouent de coups de bâton leurs valets. En découvrant la véritable identité de leurs galants, elles comprennent le sort cruel qui leur a été réservé et voient leur vanité voler en éclats. Elles fuient alors la scène pour échapper à l’humiliation publique dont elles font l’objet. Le père de famille exaspéré clôt la pièce en maudissant ces manières ridicules et ces romans qui leur ont fait perdre la tête.
Est-ce que voir du Molière en 2026, c’est assister à une pièce de théâtre classique, poussiéreuse et déjà exploitée de trop nombreuses fois ? La réponse est non ! Le génie de Molière repose dans le fait que son style est intemporel : on rit de l’autre qu’importe l’époque, seul le contexte change et peut être adapté. Et pour rire, on rit du début à la fin ! Les comédiens ont choisi le ton de l’exagération pour interpréter cette pièce comique et burlesque. Ce qui signifie qu’au lieu d’être modérés, ils en font des tonnes, plus rien n’a de limite dans le ridicule. On se demande jusqu’où les faux bourgeois sont prêts à aller pour se jouer des deux demoiselles.
Les costumes grandioses et affriolants renvoient au XVIIe siècle, seuls des détails anachroniques ont été ajoutés subtilement et intelligemment pour apporter une dose supplémentaire au registre comique et actuel : le marquis lisant une revue people d’aujourd’hui, les sous-vêtements modernes, etc., on ne vous en dit pas plus ! Les répliques “chocs” font toujours autant mouche : “Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris”, se vante l’un des deux laquais. On se demande sérieusement qui est le plus ridicule entre les quatre : ceux qui font semblant de se moquer ou ceux qui imitent pour briller en société ? Je vous le disais, il n’y a plus de limites. Et au moment de l’apothéose où tout part en vrille dans la pièce, le dénouement apparaît et la fin inévitable nous stupéfie. C’est déjà fini ?
Assister aux Précieuses ridicules, c’est redécouvrir le style de Molière au XXIe siècle, à la lumière des codes qui régissent notre société actuelle, mais selon le théâtre du XVIIe siècle. Cette farce satirique ne peut que confirmer l’adage qu’effectivement, le ridicule ne tue point !
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