Mathilde Pallon - Co-fondatrice, rédactrice et photographe
Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits. Mon objectif : offrir un regard neuf sur mes sujets et partager le plaisir de la découverte d'une manière qui vous captive.
En espagnol, ENcuentro signifie la rencontre ; mais sur la scène du Festival Andalou d’Avignon, ce mot s’est transformé en un véritable brasier où la guitare, le violon, la contrebasse et les percussions se sont unis à la danse et au chant pour consumer le public. Le groupe de 6 artistes mené par le guitariste-compositeur, Nicolas Saez, a tenu le public en haleine pendant près d’une heure, sur la scène du Chien qui fume, dans le cadre du Festival Andalou. C’est un récit musical qui aborde le répertoire flamenco avec une grande liberté : forts de leurs parcours respectifs, ces six artistes incarnent un langage résolument pluriel. Ils rappellent brillamment que le flamenco, né au carrefour de multiples cultures, a toujours été un formidable espace de métissage.

Dès les premiers instants, baignée dans des lumières chaudes et enveloppantes, la scène devient une véritable invitation au voyage. La voix du cantaor (chanteur) s’élève, transportant immédiatement avec elle le soleil et la douceur des terres du sud. Si les paroles résonnent en espagnol, la barrière de la langue s’efface en un instant. Faut-il vraiment en comprendre chaque mot pour en saisir le sens et l’émotion ? La réponse est non. Le rythme, les sonorités du groupe et l’expressivité des artistes prennent le relais, laissant toute la place à l’imagination du spectateur.
Musicalement, l’écoute mutuelle est palpable. Tel un véritable chef d’orchestre, Nicolas Saez réaccorde sa guitare avec soin pour redonner le ton et le souffle à son ensemble. L’une des grandes forces de cette formation réside dans la générosité des musiciens : la mélodie n’est jamais monopolisée. Selon les morceaux, le rôle principal voyage, confié tour à tour aux cordes de la guitare, du violon ou de la contrebasse. Quand l’un prend la lumière pour porter la ligne mélodique, les autres se font de discrets mais indispensables accompagnateurs.
Mais ENcuentro frappe surtout par sa fluidité et son dynamisme scénique. Personne ne reste figé à sa place, brisant les codes classiques du concert. Les rôles se croisent et se décroisent en permanence : quand un artiste ne joue pas de son instrument, il accompagne les autres aux palmas (claquements de mains). Cette polyvalence est d’ailleurs fascinante. On voit ainsi la danseuse s’effacer sur le côté de la scène pour taper des mains en parfaite synchronicité avec le chanteur, qui lui-même s’est accordé une pause vocale. Plus surprenant encore, la batteuse-percussionniste ne se contente pas de dicter le tempo en fond de scène : elle donne aussi de la voix et s’offre même un solo de danse saisissant, faisant chanter ses talons sur le parquet avec une énergie féroce.
Visuellement et émotionnellement, le spectacle joue habilement sur les contrastes. La danseuse, apparue d’abord vêtue d’une élégante robe noire, revient plus tard illuminer l’espace avec une jupe blanche immaculée. Loin de se limiter à des rythmes endiablés, le sextet sait suspendre le temps. C’est précisément dans ces moments de musiques douces et intenses que l’on saisit toute la profondeur de l’interprétation de la danseuse, qui ralentit le rythme pour offrir des gestes d’une grâce absolue.
Ce sextet a offert aux Avignonnais un espace de liberté et de partage total, prouvant qu’une véritable rencontre musicale ne connaît aucune frontière. Merci au Festival Andalou de nous faire vivre chaque année des moments privilégiés et suspendus….
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