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Graces de Silvia Gribaudi : notre avis

26 Février 2026 à 10h49

Par : Thierry

Entre performance, théâtre et danse, Graces de Silvia Gribaudi renverse avec humour et intelligence les stéréotypes de genre et les canons de beauté. Découvert au Théâtre du Rond-Point , l’un de mes théâtres préférés, ce spectacle audacieux est un véritable coup de cœur, une célébration libre, décalée et profondément humaine du corps.

Graces Le Théâtre du Rond-Point occupe une place particulière dans le paysage culturel parisien. J’y reviens souvent pour la liberté de ton de sa programmation, son goût pour les écritures contemporaines et les formes hybrides. Théâtre, performance, danse, textes engagés ou propositions inclassables s’y côtoient avec cohérence et audace. Graces s’inscrit parfaitement dans cette ligne artistique qui ose, questionne et surprend.

Créée en 2019, la pièce s’inspire librement des Trois Grâces de la mythologie grecque, symboles de beauté et d’harmonie. Pour mieux en renverser les codes, Silvia Gribaudi confie ces figures à trois danseurs masculins aux corps puissants, plus ou moins, qu’elle met en jeu dans une écriture scénique hybride, à la croisée de la performance, du théâtre et de la danse.

Car Graces ne se laisse pas enfermer dans une seule catégorie : on y danse, bien sûr, avec virtuosité ; on y joue, avec une conscience aiguë du regard du public ; on y performe aussi, dans un rapport frontal et assumé à la scène. Cette porosité des genres participe pleinement de la force du spectacle.

Démonter les stéréotypes



Au-delà du jeu esthétique, Graces s’attaque frontalement aux stéréotypes de genre, aux canons de beauté et aux injonctions à la performance et à la compétition dans notre société.

La grâce n’est plus féminine par essence. La virtuosité n’est plus une démonstration de domination. La puissance n’est pas opposée à la fragilité. En redistribuant les rôles et en brouillant les attentes, Silvia Gribaudi démonte avec finesse les mécanismes qui assignent les corps à des normes.

Une ironie à contretemps



Ce qui frappe d’emblée, ce sont ces fulgurances décalées, ces surgissements à contretemps qui installent une ironie subtile et réjouissante. Le rire naît du décalage, du sérieux soudainement déplacé, de la pose classique qui bascule dans l’absurde.

L’humour devient ici un outil presque politique : il désamorce la pression de la compétition, ridiculise les postures héroïques et ouvre un espace où le corps peut simplement exister, sans se comparer, sans se mesurer.

Une réflexion sur le corps et ses normes



Au cœur du spectacle, il y a aussi une ardeur à questionner le corps vieillissant, à le rendre visible, désirable, vivant. La pièce engage une véritable réflexion sur nos représentations du beau, sur ce que nous considérons ou non comme gracieux.

Silvia Gribaudi déplace le regard : la grâce ne réside pas dans la conformité à un modèle, mais dans l’authenticité, dans l’engagement du corps tel qu’il est.

Une proposition forte et décalée



Graces est une proposition forte, résolument décalée, qui conjugue virtuosité, autodérision et engagement, et qui circule librement entre les codes du spectacle vivant. On en ressort léger, joyeux, mais aussi profondément questionné.

J’adore cette manière qu’a Silvia Gribaudi de mêler humour et réflexion, puissance et fragilité, mythe et contemporanéité.

Un spectacle à découvrir jusqu’au 1er mars au Théâtre du Rond-Point à Paris.

Photo © Fabio Sau

Par : Thierry

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