Et si l’identité n’était pas une case figée mais un mouvement ? Dans Mérou, Lou Trotignon mêle humour et intimité pour raconter son parcours de transition et questionner, avec finesse et audace, notre liberté à devenir qui l’on est vraiment.

Il existe un poisson capable de changer de genre au cours de sa vie : le mérou. Une réalité biologique fascinante qui devient, entre les mains de Lou Trotignon, une métaphore brillante, sensible et jubilatoire. Avec Mérou, Lou signe un spectacle aussi personnel qu’universel, où l’humour devient un formidable outil d’émancipation.
À sa naissance, la famille et les médecins ont décrété que Lou serait une femme. Une évidence administrative, sociale, presque automatique. Sauf que Lou n’est pas d’accord. Et c’est précisément là que commence une aventure profondément humaine et intensément vivante.
J’avais déjà découvert Mérou il y a quelques années sur la péniche de La Nouvelle Seine. J’en gardais un souvenir marquant. Le revoir aujourd’hui au Theâtre Saint-Georges, confirme à quel point le spectacle a grandi : il a pris de l’ampleur, de la maturité, de la puissance scénique. L’écriture est plus affûtée encore, la présence plus incarnée, le propos plus ample. On sent un spectacle qui s’est déployé, affirmé, et qui touche désormais avec une force remarquable.
Sur scène, Lou raconte son parcours de transition avec une aisance désarmante. De la prise de testostérone aux expériences de strip-tease, jusqu’à la découverte du monde queer, le récit est mené avec une autodérision savoureuse et une sincérité lumineuse. On rit beaucoup mais on est aussi profondément touché.
Car derrière l’histoire personnelle, ce sont des questions universelles qui émergent :
Sommes-nous obligé·es d’être ce qu’on nous a dit d’être ?
Peut-on réinventer son corps, transformer son rapport à l’amour ?
Est-il possible de réécrire sa propre histoire ?
Lou Trotignon réussit le pari rare de parler d’identité sans jamais enfermer, de faire réfléchir sans jamais asséner, de militer sans jamais exclure. Le rire rassemble, libère, crée du lien. La salle écoute, rit, s’émeut et ressort plus légère, peut-être un peu plus libre.
Mérou est un spectacle nécessaire, intelligent et généreux. Un spectacle qui fait du bien. Comme le mérou, finalement, Lou nous rappelle que le mouvement est une force et que nous sommes sans doute plus libres que nous l’imaginons.
Spectacle actuellement en tournée
Photo : @nathanselighini
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