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À mots doux de Thomas Quillardet : notre avis

19 Février 2026 à 16h41

Par : Thierry

Au Théâtre du Rond-Point, Thomas Quillardet raconte l’adolescence à travers la passion d’un garçon pour Mylène Farmer. À mots doux est un spectacle intime, frais et joyeux, qui dit avec tendresse comment une idole peut devenir refuge, langage et tremplin vers soi-même.

À mots doux Sylvain a quatorze ans quand il découvre Mylène Farmer. Une révélation. Une voix qui l’enveloppe, des paroles qui semblent écrites pour lui, une présence qui éclaire les zones floues de l’adolescence. Dans À mots doux, Thomas Quillardet explore ce lien intime entre un fan et son idole, non comme une anecdote légère, mais comme un moment fondateur dans la construction d’une identité. Le spectacle raconte ce moment fragile où l’on se cherche, où l’on se fabrique avec ce que l’on trouve : des chansons, des images, des figures. L’idole devient un refuge, un miroir, parfois même une promesse d’émancipation.

Une traversée intime, mais jamais pesante



Sur scène, Sylvain nous entraîne dans un voyage mental où souvenirs, fantasmes et fragments musicaux se mêlent. Ce va-et-vient donne au spectacle une douceur mélancolique, mais aussi une vitalité réjouissante. Car « A mots doux » est aussi un spectacle frais et joyeux. Il y a de l’élan, de la lumière, un plaisir évident à raconter cette passion adolescente sans cynisme ni ironie écrasante. On rit souvent, d’un poster accroché dans une chambre, d’une cassette écoutée en boucle, d’un concert rêvé, mais ce rire est complice, tendre, partagé.

L’idole comme espace de liberté



Thomas Quillardet évite toute caricature. Il ne moque jamais la figure du fan ; il en révèle au contraire la profondeur. Derrière la ferveur se dessine une quête : trouver sa place, apprivoiser ses émotions, affirmer sa singularité. Les chansons de Mylène Farmer deviennent des paysages intérieurs. Elles offrent des mots quand on n’en a pas encore. Elles autorisent à ressentir plus fort, à exister plus intensément. Le titre, A mots doux, résonne alors comme une adresse à soi-même : apprendre à se parler avec bienveillance.

Une mise en scène inventive et sensible



Si le spectacle donne une impression de fluidité et de naturel, son dispositif est loin d’être anodin. Thomas Quillardet construit un espace mouvant, à la fois concret et mental, où les souvenirs prennent corps sous nos yeux. La scène devient tour à tour chambre d’adolescent, salle de concert rêvée, lieu de confidence ou terrain de jeu imaginaire.

Le travail sur la lumière, les adresses au public et les variations de rythme crée une circulation constante entre récit intime et énergie scénique. Rien n’est décoratif : chaque élément participe à cette plongée dans la mémoire affective de Sylvain.

La mise en scène accompagne ainsi les élans du personnage, ses emballements, ses élans lyriques, ses moments de solitude, avec une précision délicate. Cette construction subtile donne au spectacle une vitalité joyeuse et une profondeur qui dépassent largement la simple évocation nostalgique.

Une célébration des passions fondatrices



Au fond, À mots doux parle de nous tous. De ces artistes, de ces chansons, de ces figures qui, un jour, nous ont aidés à grandir. Thomas Quillardet signe au Théâtre du Rond-Point un spectacle intime, sensible, mais aussi plein d’allant, une ode délicate et joyeuse à l’adolescence et à la puissance des passions qui nous façonnent.

On en sort le sourire aux lèvres, un peu ému, et peut-être avec l’envie de réécouter la bande-son de ses quatorze ans.

© Photos de Pascale Cholette

Par : Thierry

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