Critique Théâtre

Le Procès Fouquet : panache et corruption à la cour de Louis XIV. de Alexandre Delimoges et Bernard Bollet : notre avis

Par Mathilde Pallon · 17 Juillet 2026 à 16h08
Le Procès Fouquet : panache et corruption à la cour de Louis XIV.

Sous le règne de Louis XIV, des choses se trament dans l’ombre et des changements s’opèrent. Mazarin, qui gérait le gouvernement d’une main de maître avec Anne d’Autriche, la régente, n’est plus. Le jeune Louis a soif de pouvoir et de lumière. Pour cela, une seule solution : régner seul et effacer les gêneurs. Aux Finances, il y a Fouquet. Alors le roi décide d’actionner son pion : Colbert. Entre panache et corruption, deux figures de pouvoir s’affrontent dans un duel au sommet. Qui en sortira vainqueur ?

Mathilde Pallon

Co-fondatrice, rédactrice et photographe

Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits.

Parce que le roi Louis XIV a décidé de régner seul comme bon lui semble, il faut un responsable à l’état des finances et à une situation qui se désagrège depuis la disparition de Mazarin. Au départ, ces échanges ne sont qu’une simple visite de Colbert à Fouquet, venu effectuer un contrôle ordonné par Sa Majesté. Colbert se justifie : « la politique nécessite que quelques vérités soient dites », ce à quoi Fouquet rétorque : « des vérités arrangées ». Des échanges qui entraîneront l’arrestation de Fouquet en 1661, puis un véritable procès, où des membres du public sont littéralement invités à se lever afin de témoigner à charge ou à décharge de Fouquet.

La mise en scène, propre et épurée, met en relief les deux comédiens dans un espace sombre, traduisant tout le sérieux de la scène. Pas de décor, pas de mobilier, juste l’essentiel de la pièce : deux personnages qui s’affrontent comme deux boxeurs sur un ring, où les mots deviennent plus forts que les coups. Un match en réalité truqué. Colbert tourne autour de Fouquet tel un serpent tapi dans l’ombre, pendant que la lumière éclaire Fouquet.

Dès l’entrée en scène des deux protagonistes, Fouquet, joué par Alexandre Delimoges, et Colbert, interprété par Bernard Bollet, une issue fatale se dessine peu à peu. Reste à savoir lequel des deux aura le dessus sur l’autre. Dans l’interprétation de Fouquet, on retrouve d’ailleurs la patte d’Alexandre Delimoges : un brin de malice, de folie et d’amusement, cette fantaisie subtile qui traverse souvent ses personnages. Ce duel n’est pas simplement la mise en lumière d’un affrontement historique réel : c’est une joute verbale entre deux comédiens à l’esprit vif et à la verve acérée. Si, au départ, la précision est redoutable, elle se délite peu à peu et, lorsqu’il se trouve acculé, Colbert laisse échapper : « qu’on lui coupe la tête ! », telle la reine de cœur d’Alice au pays des merveilles, lorsqu’il se retrouve à court d’arguments, qu’ils soient vrais ou faux. De jolis surnoms sont échangés : « grenouille de bénitier », « prévôt », « langue de vipère »…

Les costumes illustrent également la déchéance de Fouquet face à l’ascension de Colbert dans les hautes instances. Au départ, Alexandre Delimoges incarne un Fouquet classe, noble, habillé élégamment, qui ne plie devant rien. Face à lui, Colbert apparaît vêtu de noir, assoiffé de pouvoir et prêt à tout pour faire tomber son adversaire. Ironiquement, leurs statuts s’inversent au fil de la pièce. Sur ordre du roi, Fouquet est écarté, arrêté, puis emprisonné, tandis que Colbert prend sa place. Ce basculement se traduit jusque dans les costumes : l’ancien surintendant des Finances abandonne peu à peu le luxe et la richesse de ses fonctions, pendant que Colbert accède aux hautes sphères du pouvoir, ajoutant de la dentelle à son costume.

Une écriture fine, des propos ciselés et tranchants : les deux comédiens croisent le fer avec, pour seules armes, les mots. Cette pièce illustre les rouages et les arcanes du pouvoir, témoignant d’une époque révolue.

Affiche Le procès Fouquet, panache et corruption à la cour de Louis XIV
🎭 Festival OFF 2026 · Théâtre

Le procès Fouquet, panache et corruption à la cour de Louis XIV

📍 Au coin de la Lune
🕘 14:30
📅 Du 4 juil. au 25 juil. (21 représentations)
⏱️ 1h10
👥 10+
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Critique rédigée par Mathilde Pallon
17 Juillet 2026 à 16h08

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