Accueil > Univers du cheval > À Avignon, le gala des Crinières d'Or consacre l'harmonie entre l'homme et le cheval
15 Janvier 2026 à 19h15
Mathilde Pallon - Co-fondatrice, rédactrice et photographe
Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits. Mon objectif : offrir un regard neuf sur mes sujets et partager le plaisir de la découverte d'une manière qui vous captive.
Véritable cœur battant du salon Cheval Passion, le gala des Crinières d'Or a une nouvelle fois transformé la piste du parc des expositions d'Avignon en un sanctuaire de la création équestre. Pour cette édition, la programmation a su tisser un lien subtil entre la rigueur institutionnelle, la fougue de la voltige contemporaine et la poésie éthérée du travail en liberté. De la précision millimétrée de la Garde républicaine à l'intimité presque mystique de Frédéric Pignon, le spectacle s'est imposé comme une fresque vivante où la technique s'efface derrière l'émotion. Retour sur une soirée placée sous le signe de l'excellence, où chaque numéro a repoussé les frontières du dialogue inter espèces, confirmant la place d'Avignon comme capitale européenne des arts équestres.
En guise de prélude à cette soirée d'exception, l'écurie de la Dame Blanche, récente lauréate du concours Poney Passion, a eu l'honneur d'ouvrir la piste. Sous la conduite de Jérôme Sefer, ces jeunes cavaliers ont fait preuve d'une maturité scénique saisissante, n'ayant rien à envier aux maîtres de la discipline. Entre une technicité déjà affirmée et des prises de risque audacieuses, leur prestation a brillamment illustré la vitalité de la relève équestre, prouvant que, sur la piste d'Avignon, la virtuosité n'attend pas le nombre des années.
Place ensuite à l'équipe de France de voltige, dont la prestation a immédiatement plongé le public dans une atmosphère énigmatique. Huit danseurs-athlètes, parés de costumes identiques pour ne former qu'une seule entité organique, ont investi la carrière. Sur une musique saccadée, ces derniers ont défié les lois de l'apesanteur, enchaînant des tableaux de haut vol avec une agilité déconcertante. Tantôt encerclant le cheval, tantôt épousant sa silhouette du garrot à la croupe, les voltigeurs ont offert une danse intime, presque charnelle, où le mouvement humain et la puissance animale se sont confondus dans une fluidité parfaite.
Cette intensité physique a laissé place à la délicatesse des sœurs Delgado. Intitulé « Le Miroir », ce numéro s'est ouvert sur une séquence de jonglage et de danse portée par une voix féminine envoûtante. Au centre de la piste, un miroir servait de pivot à une chorégraphie gémellaire : chaque cavalière, de part et d'autre de la paroi réfléchissante, reproduisait les gestes de l'autre avec une synchronisation absolue. Ce conte de fées équestre, léger et féerique, a transporté les spectateurs dans un univers de reflets et de complicité silencieuse.
Le spectacle a ensuite exploré la voie de la « liberté », un art complexe où le licol et la rêne disparaissent au profit de la parole. Gari Zoher a fait une démonstration de cette simplicité apparente, qui cache en réalité des années de travail. Montant un étalon palomino, il était accompagné de trois jeunes chevaux isabelle, avant de revenir en piste avec trois autres chevaux palomino. La relation est ici sonore : l'artiste parle à ses montures, les dirigeant à la voix dans une recherche constante de naturel et de vérité.
Dans un registre radicalement différent, Samuel Hafrad a apporté un souffle d'énergie brute avec son tableau « Charivari ». Enfant du gala, il foulait déjà cette piste à l'âge de trois ans avant d'intégrer Poney Passion à huit ans, l'artiste a présenté un numéro dynamique aux accents d'Europe de l'Est. Vêtus de costumes cosaques, les cavaliers ont multiplié les prouesses à un rythme effréné. La diversité des tableaux et l'absence totale de temps morts ont fait de cette séquence un moment de bravoure particulièrement apprécié pour sa générosité technique.
L'un des moments les plus attendus de la soirée était sans conteste le retour de Frédéric Pignon. Véritable chef d'orchestre d'une symphonie invisible, il a une nouvelle fois prouvé que la connexion « d'âme à âme » n'était pas un vain mot. Seul en piste, d'un charisme serein, il semble s'effacer pour laisser ses chevaux s'exprimer. Est-ce l'homme qui les fait danser ou les chevaux qui choisissent de graviter autour de lui ? Cette chorégraphie, tissée de fils invisibles, a offert une respiration émouvante, témoignage d'une complicité qui dépasse le cadre du simple dressage.
La solennité a repris ses droits avec la Garde républicaine. Ce numéro, d'une rigueur millimétrée, a débuté par un ballet équestre traditionnel où des cavaliers, munis de tambours, battaient la mesure au rythme des de la musique. Cette démonstration de force et d'ordre a ensuite pris une tournure inattendue et moderne avec l'entrée en piste de motos. Ce dialogue entre le fer des sabots et l'acier des machines a souligné la polyvalence et la modernité de cette institution séculaire.
En fin de programme, les chevaux lusitaniens ont offert un tableau plastique d'une grande beauté, jouant sur le clair-obscur. Ce « jeu d'ombre » a mis en valeur la morphologie baroque et l'altérité de ces chevaux rois, dont chaque mouvement semblait sculpter la lumière de la carrière d'Avignon.
Enfin, pour clore cette édition, l'équipe de France d'équitation de travail a investi la piste. Portée par les mix d'un DJ présent en direct, cette discipline, qui allie la technicité du dressage à la réactivité nécessaire au travail de bétail, a montré son visage le plus contemporain. Une démonstration de vitesse et de précision qui prouve que les traditions équestres, lorsqu'elles sont portées par une telle maestria, restent d'une brûlante actualité.
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