Critique Théâtre

Rosalinde de La Compagnie Marguerite : notre avis

Par Mathilde Pallon · 18 Juillet 2026 à 12h01
Rosalinde

Avec Rosalinde, James Matthew Barrie quitte l’enfance éternelle de Peter Pan pour faire le portrait d’une femme qui refuse d’être prisonnière de l’image que le théâtre, les hommes et le temps ont laissée d’elle. Dans un cottage anglais, Mme Page voit sa tranquillité troublée par l’arrivée d’un jeune admirateur, amoureux d’une actrice qu’il croit connaître. Peu à peu, les apparences se fissurent. Élégante, déroutante et très british, la pièce interroge moins l’amour que le regard posé sur les femmes, l’âge et les actrices.

Mathilde Pallon

Co-fondatrice, rédactrice et photographe

Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits.

Au Théâtre du Roi René, nous avons pris place dans la cour de la Reine, en extérieur, ce qui promettait déjà une représentation un peu particulière. C’est toujours appréciable de changer de cadre, de ne pas être cloisonné dans une salle plongée dans le noir. Sur scène, un salon décoré dans le style du début du XXe siècle occupe tout l’espace. Nul doute, nous sommes bien dans le petit cottage loué par Mme Page, qui n’aspire qu’à un peu de tranquillité, loin du brouhaha londonien.

Alors que Mme Page et sa logeuse, Mme Quickly, échangent quelques bavardages autour d’une tasse de thé, la voix off si connue de la narratrice de La Chronique des Bridgerton vient ajouter son grain de sel. Elle commente l’action, révèle parfois les pensées des personnages et apporte des éléments que la scène seule ne donnerait pas toujours. Présente dans presque chaque silence, cette narration enveloppe la pièce d’un charme très british, même si l’on aurait parfois aimé que certaines scènes respirent un peu plus par elles-mêmes.

En fond, le bruit des vagues est vite remplacé par le vacarme de l’orage, et la pluie amène avec elle un curieux visiteur : un jeune randonneur surpris pendant sa promenade, venu s’abriter en attendant son train. Lorsque celui-ci découvre que la locataire du cottage serait la mère de Béatrice Page, actrice reconnue dont il est épris, il ne peut s’empêcher de réveiller « la belle au bois dormant » pour satisfaire sa curiosité. Les échanges entre ce jeune homme, dont « le cerveau n’est pas plus mauvais qu’un autre mais ne l’a jamais sollicité », nous précise la narratrice, et Mme Page, une femme de « 40 ans et de la petite monnaie », vont prendre une drôle de tournure que nul n’aurait prédite. Réalité aussi surprenante que troublante : attention public, vous voici dans une comédie douce-amère au style anglais ! Ici, place à la conversation, aux faux-semblants, aux sous-entendus et aux révélations progressives.

James Matthew Barrie, l’auteur de Peter Pan, semble ici prendre le contre-pied de son propre mythe. Après avoir donné naissance au célèbre garçon qui refusait de grandir, il ne parle plus d’un enfant qui fuit le temps, mais d’une femme qui l’a traversé. Mme Page assume son âge mûr, du moins en apparence, et refuse que la scène soit réservée aux éternelles jeunes premières. « Nous avons empêché l’âge mûr de monter sur scène », dit-elle. Cette phrase éclaire tout le spectacle. Dès le début, la narratrice insiste sur son allure négligée, sa robe de chambre, son corps qui a changé, comme pour imposer au public une femme que le théâtre montre rarement ainsi : vieillissante, libre, lucide, et pourtant encore pleine de jeu.

La pièce repose aussi sur une forme de mise en abyme : le théâtre y devient lui-même sujet de théâtre. Dans la cour de la Reine, le public assiste à Rosalinde, qui joue elle-même avec l’image d’une actrice, ses rôles passés et les illusions qu’elle a laissées dans les regards. Peu à peu, les apparences se fissurent, les vérités se devinent sans toujours se nommer, et l’on comprend que l’action se cache moins dans les gestes que dans les mots, les silences et les masques que chacun accepte de porter. Car au fond, Rosalinde parle peut-être moins d’amour que de regard : celui que l’on porte sur les femmes, sur l’âge, sur les actrices, et sur ces images que le théâtre fabrique avant de les faire vaciller.

Affiche Rosalinde
🎭 Festival OFF 2026 · Théâtre

Rosalinde

📍 Théâtre du Roi René
🕘 18:55
📅 Du 4 juil. au 25 juil. (19 représentations)
⏱️ 1h05
👥 7+
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Critique rédigée par Mathilde Pallon
18 Juillet 2026 à 12h01

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