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Critique Théâtre
Critique « Rencontre avec Snowden » : le thriller technologique de Sylvain Bastoner
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En s’emparant du texte de Flore Vasseur issu de ses entretiens avec le célèbre lanceur d’alerte, le metteur en scène Sylvain Bastoner signe un thriller politique d’une efficacité physique saisissante. Loin d’un documentaire austère, ce spectacle utilise le corps, l’espace et le symbole pour matérialiser la dérive algorithmique de notre siècle. Une création d’utilité publique.
Rédacteur en chef et président
Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.
Le spectacle prend pour point de départ une utopie déchue. À l’aube des années 2000, Internet se présentait comme le territoire absolu de la liberté et de l’émancipation. C’est dans ce climat d’espoir, brutalement percuté par les attentats du 11 septembre 2001, que s’ouvre le spectacle. On y découvre l’engagement d’un jeune informaticien ordinaire, Edward Snowden, désireux de servir sa patrie, avant de réaliser qu’il participe à la construction d’un système de surveillance planétaire.
Pour donner corps à ce récit complexe, la pièce s’appuie sur quatre interprètes remarquables. Si les comédiens se partagent une multitude de rôles sur scène (incarnant tour à tour les collègues, les agents de l’ombre ou les figures officielles), la présence du couple formé par Edward Snowden et sa compagne, Lindsay Mills, reste le cœur absolu du récit. En rejouant sous nos yeux les épisodes décisifs de leur existence, les secrets de leur intimité et leur séparation forcée, la troupe réussit à transformer l’enquête journalistique en une épopée théâtrale profondément humaine.
Le tempo de la pièce surprend par son dynamisme. Là où l’on pouvait redouter une succession de monologues informatiques ennuyeux, Sylvain Bastoner orchestre une tension permanente. Le récit aborde sans concession la précarité technique des systèmes de sécurité, tout en dénonçant les absurdités des dérives de l’aide humanitaire internationale.
Des cubes de contrôle et un masque de silence
La grande force plastique du spectacle réside dans sa capacité à rendre visibles des menaces invisibles. Sur le plateau, des cubes modulables fonctionnent comme des dés géants pour indiquer l’état de chaque personnage. Lors d’une discussion intime, le décalage s’affiche ainsi de manière presque ironique : la compagne de Snowden, Lindsay, est assise sur un cube indiquant la mention relax, tandis que lui repose sur le mot control.
L’intimité du couple se retrouve peu à peu parasitée sous l’œil d’un personnage silencieux portant un masque blanc, allégorie spectrale de cette veille technologique qui écoute et enregistre tout.
Le corps comme dernier territoire de liberté
Face à la numérisation de nos existences, le metteur en scène fait un choix artistique fort en intégrant trois séquences de danse contemporaine au cœur du récit. Ces moments physiques ne sont pas de simples intermèdes. Ils figurent la lutte charnelle de l’individu face à l’oppression de la machine. Le corps devient le dernier rempart, le seul espace que la technologie ne peut pas coder.
La surveillance de masse n’est plus présentée comme un simple accident de l’histoire, mais comme la suite logique et implacable de notre évolution technique. En montrant le dilemme d’Edward Snowden, déchiré entre son idéal démocratique et l’amour qu’il porte à sa compagne, la pièce touche à l’universel. Elle nous percute de plein fouet, agissant comme un rappel brutal à notre monde actuel. Ce que Snowden dénonçait en 2013 n’était que le prologue de notre présent, marqué par l’amplification massive des fausses informations, la violence du cyberharcèlement et l’avènement d’intelligences artificielles toujours plus hégémoniques.
Des stratégies protectionnistes des gouvernements américains à l’aspiration sauvage de données confidentielles et de codes sources par des modèles comme Grok, jusqu’aux menaces imminentes pesant sur le chiffrement de nos vies privées avec le projet européen Chat Control, la souveraineté citoyenne s’effrite chaque jour un peu plus sous le poids des algorithmes d’État. Ce thriller, accessible et intense, aide à comprendre la complexité de notre monde hyperconnecté et invite à interpeller des consciences parfois assoupies.
À noter : la rédaction d’Avignon et Moi a eu la chance de s’entretenir avec l’autrice Flore Vasseur à l’issue de la représentation. Cet échange exclusif fera l’objet d’un prochain article.
Rencontre avec Snowden
Compagnie Les Fouillons
« J’ai rencontré Edward Snowden, l’homme qui a révélé le système de surveillance de masse de la NSA. »
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