Critique Théâtre

« Wilde » d'Élisabeth Gentet-Ravasco : une mise en abyme intime entre réalité et fiction

Par Jérôme Chaudier · 12 Juillet 2026 à 20h34
Wilde

Avec sa pièce « Wilde », l’autrice Élisabeth Gentet-Ravasco choisit d’utiliser le théâtre pour réécrire l’histoire avec beaucoup de délicatesse. En mêlant les répétitions de deux comédiens et l’apparition du fantôme d’Oscar Wilde, elle invente les discussions que l’écrivain aurait pu avoir avec ses proches après sa sortie de prison. Un spectacle simple, tendre et profondément humain.

Jérôme Chaudier

Rédacteur en chef et président

Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.

Tout commence par une situation concrète : deux comédiens sont sur scène pour répéter De Profundis, la célèbre lettre écrite par Oscar Wilde pendant son calvaire en prison. Mais pendant leur répétition, les mots réveillent le fantôme de l’écrivain, incarné par Geoffrey Carey. Ce spectre doux et mélancolique livre sa blessure au public : « J’ai laissé échapper un moment primordial de ma vie. Et depuis j’erre, d’une scène à l’autre… ». Pour briser cette malédiction, il décide de prendre en charge les deux acteurs. Depuis sa chambre d’hôtel à Dieppe, juste après sa libération, Wilde va les guider pour leur faire jouer les rôles des figures marquantes de son passé. C’est ici que débute le travail d’imagination d’Élisabeth Gentet-Ravasco : l’autrice invente des face-à-face fictifs avec la grande actrice Sarah Bernhardt et le jeune amant de l’écrivain, Lord Alfred Douglas.

Des choix visuels clairs et efficaces

La mise en scène utilise des idées simples pour marquer l’espace de jeu. Au sol, de simples bandes blanches dessinent le rectangle de cette chambre d’exil à Dieppe. Ce choix visuel sépare clairement le présent des comédiens et le passé imaginé par l’autrice. Habillé d’une blouse noire qui fait penser à un peintre en deuil de son art, Geoffrey Carey livre une interprétation excellente, pleine de sensibilité.

Pour accompagner ces souvenirs inventés, une petite machine musicale à manivelle tourne régulièrement sur le plateau, actionnée par Louison Alix. Ce personnage de fantôme, qui joue aussi le rôle de la servante sourde et muette s’occupant de la chambre, apporte une vraie poésie. Les notes de musique rappellent la fatalité de la vie de l’écrivain : sa chute après la gloire, son emprisonnement sous le matricule C33 et l’homophobie de la société anglaise qui l’a obligé à s’exiler loin de ses enfants. Le texte résume cette douleur avec une réplique cynique, qui marque le choc entre l’idéalisme de l’artiste et la violence du monde réel :

« Les poètes ont les yeux tournés vers le ciel... mais pas quand ils traversent la rue. »

Le pouvoir de la fiction et la force du silence

Les comédiens apportent beaucoup de sincérité à ces face-à-face rêvés par l’autrice. Véronique Augereau joue l’actrice de départ avant d’endosser le costume de Sarah Bernhardt avec une espièglerie réjouissante, symbole de l’amour de l’art face aux règles de la société. Face à elle, Simon Anglès incarne le comédien qui prête ses traits à Lord Douglas. Les discussions fictives s’enchaînent avec fluidité sous la direction du fantôme de Wilde, abordant ses regrets et son incapacité à choisir entre l’art qui pouvait le sauver et l’amour qui l’a détruit.

Pourtant, la plus belle surprise du spectacle ne vient pas des mots. C’est le personnage de la servante sourde et muette, joué par Louison Alix. Par ses expressions de visage et la précision de ses gestes, elle réussit à faire passer des sentiments plus forts que toutes les tirades des personnages historiques. Cette présence silencieuse apporte une touche de douceur à l’ensemble.

Nul besoin d’être un spécialiste d’Oscar Wilde ou de connaître sa biographie sur le bout des doigts pour savourer ce moment de théâtre. La force de l’écriture d’Élisabeth Gentet-Ravasco est de rendre cette tragédie immédiatement accessible à tous. Mieux encore, la pièce réussit à piquer notre curiosité et donne une envie profonde d’en apprendre davantage sur la vie de cet auteur hors norme une fois les lumières rallumées.

La pièce offre un spectacle poétique, accessible et touchant, porté par de magnifiques interprétations qui montrent comment la fiction théâtrale peut essayer de consoler les blessures du passé.

Affiche Wilde
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

Wilde

La Compagnie Picrokole

📍 COLLÈGE DE LA SALLE (THÉÂTRE DU) — La Chapelle
🕘 17h30
📅 Du 3 juillet au 25 juillet 2026 (20 représentations · relâche les 8, 15, 22)
⏱️ 1h10

« Un huis-clos entre deux grandes figures du XXe siècle, Oscar Wilde et Sarah Bernhardt »

Distribution
Auteur·ice : De Elisabeth Gentet-Ravasco
Noémie Pierre - Mise en scène Louison Alix - Interprétation Simon Anglès - Interprétation Véronique Augereau - Interprétation Geoffrey Carey - Interprétation Hugo Vercken - Création son Sébastien Vergnaud - Création lumière Fanny-Gaëlle Gentet - Collaboration artistique Hélène Sitbon - Presse
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Critique rédigée par Jérôme Chaudier
12 Juillet 2026 à 20h34

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