🔦 En lumière
Critique Théâtre
« 93 » par la Compagnie Les Fouillons : Victor Hugo au scanner d’une Terreur algorithmique
Les spectacles à ne pas manquer
En transposant le roman « Quatrevingt-treize » de Victor Hugo en l’an 2093, la Compagnie Les Fouillons signe une dystopie politique d’une remarquable puissance visuelle. Dans cette France en proie à la guerre civile, les échafaudages de 1793 ont laissé place à une dictature humaine dont les sentences sont dictées et exécutées par une Intelligence Artificielle sur écran. Une relecture d’une esthétique néo-noire captivante.
Rédacteur en chef et président
Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.
Une scénographie chirurgicale entre ombre et lumière
La réussite majeure de cette proposition réside dans son enveloppe plastique. La mise en scène déploie un usage remarquable des LEDs et de la fumée pour matérialiser la paranoïa rampante qui étouffe la société. L’utilisation de l’écran ne relève pas du simple décorum technologique : il incarne le visage de l’IA, cet œil panoptique qui transmet les décrets gouvernementaux et rappelle à chaque instant la vulnérabilité de l’individu face au système. Les corps des comédiens sont constamment sculptés par ces faisceaux lumineux, prisonniers d’une géométrie scénique qui ne leur laisse aucun répit. Cette tension visuelle permanente sert d’écrin au verbe de Victor Hugo. Les interprètes portent le texte avec ferveur, trouvant le point d’équilibre entre le souffle romantique d’origine et la froideur de l’anticipation. Les joutes oratoires frappent par leur actualité, notamment lorsqu’une réplique s’élève pour mettre en garde contre un pouvoir qui s’immunise contre sa propre critique : « Craint que la terreur soit la calomnie de la révolution. »L’idéal au risque de la déshumanisation
Le spectacle évite le piège du manichéisme en rappelant que les meilleures intentions accouchent parfois des outils d’asservissement les plus sophistiqués. La pièce démontre avec force que l’introduction de l’IA dans l’appareil d’État ne modifie pas la nature du pouvoir : elle en démultiplie simplement la violence et la portée. En offrant l’opportunité de (re)découvrir le texte de Victor Hugo à travers le prisme de nos angoisses contemporaines liées à la technopolice, la Compagnie Les Fouillons signe une belle œuvre. Un rendez-vous théâtral stimulant qui invite à une vigilance citoyenne permanente face aux systèmes de contrôle automatisés.
93
Compagnie Les Fouillons
« 2093. La Révolution n’est pas morte. Elle a changé de visage et réclame toujours du sang. »
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