🔦 En lumière
Critique Théâtre
« Fisha » par la compagnie EMERSIØN : l'implacable miroir du théâtre immersif face au cyberharcèlement
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En installant sa scénographie dans les couloirs, le self et les salles de classe d’un véritable collège, la compagnie EMERSIØN signe avec « Fisha » un intense chef-d’œuvre de théâtre immersif. Porté par la vision du metteur en scène Léonard Matton, ce dispositif d’une audace absolue bouscule les frontières de la représentation pour confronter le public à la réalité brute du cyberharcèlement. Une réussite totale et nécessaire.
Rédacteur en chef et président
Jérôme Chaudier explore les coulisses culturelles et locales du Grand Avignon. Journaliste et développeur, il mêle passion du théâtre, regard critique et innovation numérique.
La lumière des écrans gravée sur les corps
Le travail de la compagnie s’avère intelligent. Visuellement, le choix de grimer les comédiens avec des touches de blanc sur le visage frappe les esprits. Ce procédé allégorique figure la lumière froide et spectrale des smartphones, cette lueur bleutée qui ne quitte plus les adolescents et semble consumer leur identité de l’intérieur. Les interprètes, d’une intensité exceptionnelle, portent ce stigmate technologique comme une seconde peau, matérialisant l’emprise invisible des algorithmes. Il faut féliciter chaleureusement le travail d’EMERSIØN pour cette proposition théâtrale ultra-novatrice. Forcer le metteur en scène à concevoir son écriture en trois dimensions, sans le refuge de la scène frontale, relève du tour de force. Le spectateur subit la déambulation physique, pris au piège des cris et invectives qui se propagent d’un couloir à l’autre. Dans le self, les mots s’inscrivent comme des sentences anonymes, reflets fidèles de la violence des réseaux : « Pas de victime sans agresseur, pas de fisha sans afficheur, vos crachats en public, vos bites en dm, fisha on va te trouver crasseux. »Une ambition nationale à l’horizon 2027
Le texte évite avec brio l’écueil du discours moralisateur ou professoral. Il préfère exposer les mécanismes de la complicité passive et l’impact des rhétoriques masculinistes présentes sur les réseaux sociaux dans la construction des jeunes adultes. Si la résolution finale adopte une tonalité plus douce (condition indispensable pour que l’œuvre puisse accomplir sa mission de sensibilisation directement dans les collèges et lycées), l’onde de choc esthétique reste entière. En déplaçant les corps et les consciences, EMERSIØN ne se contente pas de renouveler les formes du spectacle vivant : la compagnie prouve que le théâtre demeure l’outil le plus puissant pour éveiller les esprits face aux dérives de notre époque. Un travail d’une telle envergure trouve logiquement un écho au-delà de nos frontières locales. Les prémices de leur prochaine création d’envergure, « Vertige, Manhattan Transfert » d’après John Dos Passos, sont d’ores et déjà programmées sur la scène du Théâtre de Chaillot pour 2027. Une consécration institutionnelle amplement méritée pour ce collectif qui redéfinit, sous nos yeux, l’avenir de la scène française.
Fisha
EMERSIØN
« "Ils disent de moi que je suis facile, provocante... Je ne suis pas la première femme qu'on juge de la sorte" »
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