Critique Théâtre

Le Tartuffe de Molière : notre avis

Par Thierry · 20 Juillet 2026 à 8h12
Le Tartuffe

Avec Le Tartuffe, présenté à La Scala Provence dans le cadre du Festival d’Avignon, Léo Cohen-Paperman et les comédiens du Nouveau Théâtre Populaire livrent une interprétation d’une rare intelligence du chef-d’œuvre de Molière. Sans jamais céder à la tentation d’une modernisation artificielle, cette mise en scène révèle toute la force et l’actualité du texte grâce à un travail remarquable sur la langue, le rythme et le jeu collectif. Porté par une troupe d’une remarquable précision, une scénographie d’une grande inventivité et une direction d’acteurs inspirée, le spectacle captive du début à la fin. On rit, on s’émerveille devant la virtuosité des interprètes et l’on redécouvre un classique qui semble avoir été écrit pour notre époque. Une réussite éclatante, qui s’impose sans conteste parmi les plus beaux spectacles de cette édition du Festival d’Avignon.

Il y a des spectacles dont on ressort avec le sourire, et d’autres qui rappellent pourquoi le théâtre demeure un art vivant. Ce Tartuffe, mis en scène par Léo Cohen-Paperman avec les comédiens du Nouveau Théâtre Populaire, appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Pendant près de deux heures, Molière retrouve une jeunesse, une énergie et une évidence qui emportent l’adhésion. Sans effets inutiles ni relecture provocatrice, cette mise en scène réussit ce qui est sans doute le plus difficile : faire entendre un texte que l’on croit connaître comme s’il avait été écrit aujourd’hui.

Une histoire d’emprise toujours aussi troublante :

Sous les ressorts de la comédie, Le Tartuffe raconte l’aveuglement d’Orgon face à un homme qui s’impose peu à peu comme maître de sa maison. Molière ne s’intéresse pas seulement à l’hypocrisie religieuse ; il démonte avec une finesse remarquable les mécanismes de la manipulation, de la fascination et de l’emprise. À mesure que Tartuffe gagne du terrain, c’est toute une famille qui vacille. Cette lecture trouve aujourd’hui un écho saisissant.

Une interprétation du texte tout simplement remarquable :

Ce qui frappe avant tout, c’est le travail exceptionnel accompli sur la langue de Molière. Les comédiens ne récitent jamais les alexandrins : ils les habitent. Ils en explorent toutes les couleurs, toutes les respirations, toutes les intentions.

Le rythme devient un véritable outil dramatique. Certaines scènes sont emportées dans un flot de paroles, les répliques se percutent, accélèrent, créant une énergie irrésistible et un comique d’une redoutable efficacité. Puis, soudain, tout ralentit. Les mots prennent le temps de résonner, les silences s’installent, chaque vers révèle une nuance nouvelle. On a parfois l’impression d’entendre une partition musicale dont les acteurs maîtrisent parfaitement les changements de tempo. Cette manière de faire vivre le texte est tout simplement fascinante.

Une mise en scène d’une inventivité réjouissante :

Avec très peu d’éléments, Léo Cohen-Paperman construit un espace de jeu d’une richesse étonnante. Les deux portes qui dominent le plateau deviennent de véritables partenaires des comédiens. Elles organisent les apparitions, les disparitions, les surprises, les faux-semblants et les quiproquos avec une précision presque chorégraphique. On se surprend à attendre leur prochaine utilisation tant elles participent pleinement à la mécanique du spectacle.

Cette apparente simplicité est en réalité le fruit d’un remarquable travail de mise en scène, où chaque déplacement, chaque entrée et chaque sortie semblent pensés au millimètre.

Quand le spectateur fait partie du spectacle :

Autre idée particulièrement forte : la présence de quelques spectateurs installés directement sur le plateau. Leur rôle est discret, mais leur simple présence change notre manière de regarder la pièce.

Ils deviennent les témoins silencieux de ce qui se joue devant eux, presque les représentants de la société qui observe la manipulation se mettre en place. Ce regard permanent renforce la tension dramatique et crée une proximité étonnante entre les acteurs et le public. Le théâtre ne se contente plus d’être regardé : il donne aussi à voir le regard lui-même.

Une troupe au sommet de son art :

La réussite du spectacle tient aussi à la formidable cohésion du Nouveau Théâtre Populaire. Ici, il n’y a pas de performance individuelle écrasant les autres. Chacun nourrit le jeu de l’ensemble, dans un esprit de troupe qui rappelle les plus belles traditions du théâtre populaire. Cette générosité collective donne au spectacle une énergie communicative.

On rit énormément. On admire sans cesse la précision du jeu. Et, presque sans s’en rendre compte, on se laisse gagner par la gravité du propos lorsque le masque de Tartuffe tombe.

Un immense moment de théâtre

Ce Tartuffe est une véritable réussite. Rarement un classique de Molière aura paru aussi libre, aussi vivant et aussi accessible sans jamais trahir son auteur. Tout semble juste : le rythme, le jeu, la direction d’acteurs, la scénographie et cette intelligence constante qui ne cherche jamais à en faire trop.

On ressort de La Scala Provence avec le sentiment d’avoir assisté à un grand moment de théâtre, de ceux qui réconcilient avec les classiques et rappellent qu’un texte de quatre siècles peut encore provoquer le rire, l’émotion et l’admiration. Un spectacle qui s’impose, sans hésitation, parmi les très belles réussites de ce Festival d’Avignon.

Affiche Le Tartuffe
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre classique

Le Tartuffe

Nouveau Théâtre Populaire

📍 SCALA PROVENCE (LA) — Scala 600
🕘 10h00
📅 Du 4 juillet au 25 juillet 2026 (19 représentations · relâche les 6, 13, 20)
⏱️ 1h50

« Le Tartuffe du In revient : un Molière joué en troupe, intelligent, divertissant. En un mot populaire ! »

Distribution
Auteur·ice : De Molière
Léo Cohen-Paperman - Mise en scène Pauline Bolcatto - Interprétation Julien Campani - Interprétation Philippe Canales - Interprétation Emilien Diard-Detœuf - Interprétation Clovis Fouin - Interprétation Joseph Fourez - Interprétation Elsa Grzeszczak - Interprétation Éric Herson-Macarel - Interprétation Lazare Herson-Macarel - Interprétation Frédéric Jessua - Interprétation Julien Romelard - Interprétation Claire Sermonne - Interprétation Marco Benigno - Régie générale Pauline Bry - Costumes Mathilde Chêne - Communication Thomas Chrétien - Régie Thomas Chrétien - Création lumière Claire Eudier - Habillement Anne-Sophie Grac - Scénographie Pierre Lebon - Scénographie Lucas Lelièvre - Création son Zoé Lenglare - Costumes Lola Lucas - Collaboration artistique Marie Mouillard - Administration Manon Naudet - Costumes
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Critique rédigée par Thierry
20 Juillet 2026 à 8h12

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