🔦 En lumière
Critique Théâtre
Monstre-moi de Compagnie Soleil Noir : notre avis
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Avec "Monstre-moi", le public de L’Oriflamme plonge dans un thriller psychologique sombre et habilement construit. Alina Warnant, célèbre tueuse en série présumée, doit être entendue par France Quint, psychiatre chargée d’évaluer sa responsabilité avant son procès. Mais très vite, l’entretien se trouble : celle qui devait être analysée prend l’ascendant, retourne les questions et fait vaciller celle qui pensait garder le contrôle. Entre face-à-face clinique, emprise psychologique et scènes d’intimité, la pièce brouille peu à peu la frontière entre victime, coupable et témoin. Un huis clos glaçant, qui interroge moins le monstre que ce qui, en chacun de nous, pourrait un jour basculer.
Co-fondatrice, rédactrice et photographe
Mon œil de photographe capture ce que ma plume de journaliste raconte. Passionnée d'art et de culture, je traduis ma curiosité en récits, visuels ou écrits.
Ça y est ! Bonne nouvelle, la police française vient de mettre la main sur la célèbre tueuse en série Alina Warnant, interprétée par Chloé Angevin. Celle-ci aurait fait sept victimes, des femmes d’âges différents, toutes empoisonnées au gui glissé dans leur thé. Avant de décider de son sort, il est convenu qu’elle devra suivre plusieurs entretiens avec une psychiatre, France Quint, incarnée par Clara Hertz. Le problème, du moins selon Alina, c’est que la police ne disposerait d’aucune preuve formelle de sa culpabilité. D’où l’enjeu de cette confrontation : dresser son portrait psychologique, évaluer sa responsabilité et, peut-être, faire surgir une vérité que personne ne parvient encore à saisir.
"Monstre-moi" permet au public de L’Oriflamme de suivre le déroulé de ces entretiens, entrecoupés de scènes dans l’intimité de la psychiatre. Peu à peu, l’entretien psychiatrique se retourne contre celle qui le mène : Alina prend l’ascendant, inverse les rôles et fait vaciller la frontière entre analyse et emprise. Et si elle dominait depuis le début ? Une mise en miroir s’installe avec habileté : tandis que tout vacille dans les entretiens, il en va de même dans la vie intime de France et de sa compagne Émilie, également interprétée par Chloé Angevin. Est-ce un hasard si deux situations basculent alors que leur seul point commun semble être la psychiatre ? Que se joue-t-il vraiment sur le plan psychologique ?
Pour bien différencier ces deux espaces, les lumières changent selon les scènes. À la prison, elles sont froides, glaciales, presque chirurgicales, comme celles que l’on pourrait retrouver dans un bloc opératoire ou une morgue. Dans l’intimité, elles deviennent jaunes, orangées, plus chaudes. Les seuls éléments de décor présents sont communs aux deux sphères : une table et quelques chaises. Un cadre photo vient simplement s’ajouter dans l’appartement de France. Mais quel rôle joue-t-il dans cette affaire ? Il n’est sans doute pas posé là pour simplement décorer.
L’enjeu de la pièce est alors de décortiquer le portrait d’Alina. Comment est-elle devenue un « monstre » ? À quel moment a-t-elle basculé ? Où se situe la frontière entre le bien et le mal ? Qui sommes-nous pour juger ? Quel rôle joue la société ? On croit autopsier le cerveau et le comportement d’Alina, comme dans une dissection à cœur ouvert. Pourtant, peu à peu, c’est peut-être le fonctionnement même de l’esprit humain que la pièce vient ausculter, dans ce qu’il a de plus trouble et de plus fragile.
Et si chacun portait potentiellement en lui un monstre en sommeil, attendant seulement l’élément déclencheur, le moment où tout bascule ? Comme si l’être humain avançait tel un funambule suspendu au-dessus du vide, avec d’un côté le bien, de l’autre le mal. Sauf que, loin d’une vision manichéenne, Monstre-moi brouille peu à peu la frontière entre victime, coupable et témoin. En somme, la pièce peint le portrait d’un funambule qui aurait un pied dans la lumière et l’autre dans les ténèbres. Et si c’était cela, finalement, notre part d’humanité ?
Plus la pièce avance, plus l’étau se resserre. On commence à avoir du mal à respirer, le ventre se noue et l’angoisse grandit au fil des secondes. Qui va basculer ? Un seul conseil : restez sur vos gardes, le méchant loup n’est pas loin.
Monstre-moi
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