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Critique Théâtre
The History of Korean Western Theatre de Elisabeth Kyriakou : notre avis
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History of Korean Western Theater, c’est la tendresse qui vient se heurter à la violence du passé. Créée en 2017, c’est une trilogie qui traite, dans son premier volet, de l’impérialisme linguistique avec Lolling and Rolling, dans son deuxième volet de l’impérialisme économique avec Cuckoo et enfin, dans son troisième volet, de l’impérialisme culturel avec The History of Korean Western Theatre.
History of Korean Western Theater, c’est la tendresse qui vient se heurter à la violence du passé. Créée en 2020, c’est une trilogie qui traite, dans son premier volet, de l’impérialisme linguistique avec Lolling and Rolling, dans son deuxième volet de l’impérialisme économique avec Cuckoo et enfin, dans son troisième volet, de l’impérialisme culturel avec The History of Korean Western Theatre.
Jaha Koo, artiste coréen exilé en Belgique de son pays natal, nous invite dans ce spectacle à plonger dans l’impérialisme culturel imposé par le Japon en Corée. Vous serez prévenu dès le départ : ceci n’est pas une pièce documentaire, vous n’êtes pas là pour écouter l’artiste vous présenter un cours sur le théâtre coréen occidentalisé. Non, vous serez là pour vous plonger dans la mémoire traumatique de cet homme qui partage humblement son histoire, effacée par le colonialisme japonais.
Jaha Koo se définit en tant que performeur et explique, dans son interview avec Simon Hatab en 2026, que c’est précisément l’envie de la performance qui l’a fait quitter la Corée, trop hiérarchisée et académique pour la vision de Koo.
Fidèle au style de la performance, le metteur en scène fait déjà partie du décor dès votre arrivée dans la salle. Il confectionne un origami : c’est un crapaud. Le décor est stérile, blanc, épuré, digne de l’esthétique coréenne hygiéniste. Mais ce décor est perturbé par la projection vidéographique qui va venir colorer l’espace scénique. Vous verrez des images d’archives, des extraits de défilés de mode ; le blanc stérile se transforme en gris. Des vidéos au grain appuyé et exagéré donnent un aspect effacé à ces archives, qui sont pourtant là pour garder notre mémoire vive.
Le crapaud, d’un bleu indigo, n’est pas choisi pour rien et fait partie des personnages invoqués par Koo pour lui prêter main-forte sur scène. Parmi ces « personnages », vous trouverez Cuckoo, cuiseur de riz numéro un en Corée. Avec son IA intégrée, la machine converse avec le performeur. Il invoque également Baibin, cette créature mythologique coréenne qui mange et gangrène tout sur son passage, et aujourd’hui il se nourrit des souvenirs de sa grand-mère, que Koo fait monter sur scène sans qu’elle soit là ; elle l’est pourtant. Cette grand-mère, qui représente ce passé irrémédiablement effacé, oublie elle aussi. L’inscrire dans son spectacle, c’est battre de plein fouet cet oubli. Baibin va nourrir les générations suivantes grâce aux souvenirs de la mamie de Koo, mais l’artiste nourrit lui aussi notre réflexion grâce à sa grand-mère. Le fil invisible qui relie les générations en devient palpable ; dans son absence, sa présence devient d’autant plus accrue. Entre le personnage mythologique et la grand-mère, Koo floute notre espace-temps avec des réalités qui nous dépassent.
Vous assisterez à l’histoire du lien que nous entretenons avec le passé. Cette mémoire commune, où se niche-t-elle ? Est-elle encore là ? Ou Baibin nous mange-t-il tous sans que nous le réalisions ? Dans son spectacle, Jaha Koo contribue au non-oubli. Au-delà de ça, il participe à la transmission d’une histoire fort méconnue en Occident. Pour s’en rendre compte, il suffit de se poser la question dans l’autre sens : si les Coréens lambda, quand ils pensent au théâtre, pensent d’après les propos de Koo à Shakespeare ou Molière, à qui pensons-nous quand on parle de théâtre ? Certainement pas à des metteurs en scène coréens. Nous pensons aux mêmes Shakespeare, nous voyons Le Tartuffe. Et c’est là où Koo arrive à mener le sujet de manière très indirecte et pourtant évidente : le lien entre les pays coloniaux. Le Japon efface le théâtre coréen et leur culture en imposant la sienne, mais au même moment le Japon se calque lui-même sur l’Occident. Il dénonce sans jamais être dans la provocation. C’est à nous, public, de réfléchir et de faire les liens, de voir le miroir et les dégâts que nous imposons, même à travers la culture. De se poser la question de savoir si la culture est toujours symbole d’union ou si elle peut aussi être un outil d’imposition.
Dans cette téléportation constante entre futur et passé, passé et futur, Koo remarque : « Je réalise que les cicatrices sont des preuves que notre passé est réel. » Dans The History of Korean Western Theatre, il montre ses cicatrices et sa vulnérabilité ; il se découvre pour nous faire découvrir ce que nous ignorons de ces passés, et peut-être de nos futurs aussi. Tout est réfléchi : la grand-mère devient la passeuse du temps, de l’histoire et de l’identité ; le pont se construit devant vos yeux, en direct. Il noue littéralement des nœuds traditionnels coréens puis les dénoue. En effet, dans une ambiance entre passé et futur, autant dans la scénographie que dans le texte, vous serez téléporté dans un espace-temps hors de celui que nous connaissons : celui du questionnement et de l’hommage porté à une culture opprimée. Et quels artistes cette culture nous donne-t-elle à voir aujourd’hui ?
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